Petites
chroniques historiques
Géologie et archéologie
bretonne:
Le Président de Robien (1698-1756), un précurseur
au temps des Lumières
Télécharger le document:
(.rtf)
(.doc)
Christophe-Paul de Robien, baron de Kaër et vicomte
de Plaintel, Président à mortier au Parlement de Bretagne
et membre de l'Académie des Sciences de Berlin fut, dans
la Bretagne du siècle des Lumières, un historien,
un naturaliste et un collectionneur dont la renommée dépassait
largement les limites de la province. Le Président nous a
laissé des collections et une bibliothèque fabuleuses
qui ont constitué le noyau fondateur de la bibliothèque
municipale et des musées de Rennes. Ses écrits sont
peu nombreux mais il est l'auteur d'une monumentale "Description
historique et géographique de la Bretagne", laissée
inachevée à sa mort et qui a été éditée
en 1974.
Découvreur et descripteur de monuments mégalithiques
importants, tels que ceux de Locmariaquer (56) et de La Roche-aux-fées
(35), il sera le premier à considérer les tumulus
et les dolmens comme des tombeaux gaulois, rejetant ainsi l'attribution
au romains couramment admise à l'époque
En 2001, G. Aubert a publié un ouvrage important qui a nourri
le présent essai et qui nous permet d'avoir une vue d'ensemble
de l'activité du Président et de la place qu'il a
occupée parmi ses contemporains.
La famille de Robien
La famille de Robien a été représentée
au Parlement de Bretagne de manière continue pendant 129
ans, soit 4 générations. L'entrée de la branche
aînée des de Robien au Parlement de Bretagne, en 1655,
marque le début d'une série où les Présidents
à mortier se succèdent de père en fils..
Christophe-Paul de Robien est né au Château de Robien,
près de Quintin (22) le 4 Novembre 1698. Nommé Conseiller
au Parlement à 22 ans, il est Président à mortier
en 1724
Les demeures les plus fréquentées par le Président
restent le château familial de Robien, le château du
Plessix de Kaër, près d'Auray et, surtout, son hôtel
particulier, acheté en 1699 par son père. Situé
rue aux foulons (actuellement rue Le Bastard). C'est au 3ème
étage de cet hôtel que sera abritée la majeure
partie des collections.
Les collections du Président de Robien
En 1756 , Christophe-Paul de Robien meurt à Rennes. Par son
testament il lègue une partie de ses biens, dont ses collections,
à son fils qui émigre en 1791. En application de la
législation sur les biens des émigrés, les
collections sont saisies et seuls les objets d'art et de sciences
sont réservés, le reste étant vendu.
Les collections de Robien sont entreposées dans l'église
de la Visitation en 1793. En novembre de la même année
l'église de la Visitation est transformée en hôpital
et les collections saisis chez les émigrés et dans
divers couvents sont entassées dans les cellules et les couloirs
du couvent des Carmélites. Propriété de l'Etat
jusqu'en 1794, les collections des émigrés sont ensuite
confiées aux administrations de districts qui procèdent
aux inventaires. En 1805 la propriété des collections
est transférée à la ville de Rennes. La bibliothèque
du Président constituera le premier fonds de la Bibliothèque
municipale.
Outre la rareté des sources utilisables, un certain nombre
d'évènements rendent la reconstitution de l'état
initial des collections du Président très mais c'est
lors des multiples déplacements que de nombreuses pièces
de la collection ont été perdues et dispersées
(Tableau
1).
En 1841, les collections de géologie de la toute nouvelle
Faculté des sciences de Rennes ont été constituées
en partie sur la base d'un prélèvement sur les collections
stockées, à cette époque, dans les greniers
du Présidial (Hôtel de Ville). L'examen des inventaires
disponibles montre très clairement que la majeure partie
des pièces du cabinet a été transférée
à la Faculté des sciences où elle s'est trouvée
diluée, en particulier dans l'importante collection provenant
du Muséum national. Les échantillons ont probablement
été étiquetés, mais vraisemblablement
sans mention de l'origine des fonds d'origine et, dans les collections
actuelles de l'Université de Rennes1 il est impossible de
les identifier.
Le reliquat du cabinet de Robien rejoint le Musée de géologie
en 1870 et reste sans gestionnaire de 1876 à 1887, l'établissement
étant privé de conservateur pendant toute cette période.
T. Bézier, nommé conservateur en 1887, procède
alors à l'étiquetage des pièces en mentionnant
leur collection d'origine.
Pendant la seconde Guerre mondiale, après la destruction
partielle et la fermeture du Musée de Rennes, les collections
sont transférée à l'Institut de géologie.
Actuellement les quelques rares pièces (moins d'une dizaine)
provenant avec certitude du cabinet de Robien sont celles qui possèdent
encore leur étiquette établie par T. Bézier,
et celles qui ont été figurées par le Président.
Le nombre d'objet rassemblés dans le cabinet
d'histoire naturelle du Président est estimé à
plus de 7000 (Tableau
2). Ils s'agit essentiellement de fossiles au sens de l'époque,
de végétaux et d'animaux .
Pour l'essentiel, les pièces du cabinet de Robien ont été
acquises par le Président qui apparaît ainsi comme
le seul "curieux" de la famille et l'un des rares du milieu
parlementaire rennais. L'héritage de son père concerne
surtout les livres, et les acquisitions de son fils, postérieurement
à 1756, sont très modestes.
Les échantillons rassemblés dans le cabinet proviennent
de toutes les contrées du Monde avec cependant une nette
prédominance de l'Europe.
Les écrits scientifiques du Président
de Robien
Les écrits scientifiques de Christophe-Paul de Robien sont
très peu nombreux:
* Dissertation sur la formation de trois différentes espèces
de pierres figurées qui se trouvent dans la Bretagne
* Nouvelles idées sur la formation des fossiles
* Description historique et géographique de la Bretagne.
Les deux premiers ouvrages ont été imprimés
en 1751 en un seul volume de 155 pages. La Description
,
inachevée en 1756 à la mort du Président, a
été éditée en 1974.
La "Dissertation .....", très courte,
est consacrée à l'identification des pierres ayant
servi à la construction d'un manoir près de Rennes
et à la description de la chiastolithe des Salles de Rohan
(56) et de la staurotide de Baud (56). Le Président a été
frappé par la ressemblance des sections de chiastolithe avec
les figures du blason des Rohan et utilise le terme de mâcle.
Les "Nouvelles idées...." sont beaucoup
plus ambitieuses et s'appuient sur l'étude des très
nombreuses pièces de la collection. Le Président présente
une classification du monde minéral qui n'est que le prélude
à la partie la plus importante de l'ouvrage, consacrée
à l'histoire de la planète.
Prudemment, le problème de l'âge de la Terre n'est
pas abordé et la Bible reste la référence incontournable
en ce qui concerne la naissance de la planète. Le Déluge
est tenu pour responsable de l'empilement des couches de sédiments
et les montagnes sont le résultats de la colère divine.
Le Président prend par contre ses distances avec ce qui est
encore, en ce milieu de XVIIIe siècle, la position officielle
de l'église. C'est ainsi qu'il place le soleil au centre
de l'Univers et considère, comme Fontenelle, que les planètes
ont pu être habitées et le sont peut être encore.
La " Description ....." a, semble-t-il,
été rédigée en plusieurs étapes,
mais la majeure partie du travail date de la période 1727-1737.
Le texte a été repris et complété en
1754 et 1755 et la préface est datée de 1751.
Seule la 3e partie, Description historique et naturelle de la
province de Bretagne est presqu'entièrement originale
et constitue la première histoire naturelle de Bretagne et
l'une des premières du Royaume
Sans faire un inventaire précis des différents thèmes
abordés dans la " Description... " on peut
cependant retenir quelques traits marquants :
* les illustrations sont abondantes et sont, pour une certaine part,
de la main du Président ;
* parmi ces illustrations on doit souligner la présence d'une
Carte des fossiles de Bretagne . qui doit être considérée
comme la première carte minéralogique de Bretagne
;
* le Président réfute l'idée, classique à
l'époque, que les haches en pierre polie puissent être
des " pierres de tonnerre" " et les considère
comme des outils des anciens gaulois ;
* de Robien fait, pour la première fois, dessiner tous les
vestiges mégalithiques visibles et les reporte avec beaucoup
de précision. Il s'intéresse aux tumulus et refuse
d'y voir des ruines de châteaux forts ou de constructions
militaires de César. La présence, dans la région,
de nombreux menhirs, le conduit à comparer tous ces vestiges
avec ceux laissés ailleurs en Europe par les barbares du
Nord. et à les attribuer aux gaulois, les tumulus étant
interprétés comme des tombeaux.
Le 20 Février 1755, le Président de Robien devient
membre externe de l'Académie de Berlin où il se retrouve
en compagnie de français illustres comme d'Alembert, Bernouilli,
Maupertuis et Voltaire ; il meurt à Rennes le 5 Juin.
Le naturaliste
Dès 1857, on reconnaît que cette partie de l'uvre
de Ch.-P. de Robien est largement dépassée. Toutefois,
la mémoire du Président reste très vive au
sein du Musée d'histoire naturelle. La destruction partielle
du Musée pendant la seconde Guerre mondiale est suivie par
sa fermeture définitive et la partie préservée
des collections est récupérée par l'Université.
L'archéologue
Les travaux du Président de Robien sont devenus très
vite une référence incontournable en matière
d'archéologie. En 1870, le fonds de Robien a constitué
le noyau initial du Musée d'archéologie avec, entre
autres, la première collection de haches en bronze jamais
réunie dans la province. Il faut en particulier rappeler
que le Président est le premier à avoir établi
le caractère funéraire des tumulus et des dolmens
et à avoir retiré aux romains la paternité
des monuments mégalithiques pour l'attribuer aux Celtes.
Au terme de cet examen rapide de la carrière de Christophe-Paul
de Robien, le Président à mortier du Parlement de
Rennes nous apparaît comme un "curieux" et un authentique
savant des Lumières, issu de la noblesse parlementaire de
province. Certes, la renommée de Christophe-Paul de Robien
ne dépasse guère Rennes et la Bretagne mais, dans
ces limites, et pour reprendre une expression de G. Aubert, le Président
fait figure de "monument historique régional ".
Références
Aubert G. - 2001 -Le Président de Robien,
gentilhomme et savant dans la Bretagne des Lumières. Collection
Art et Société. Presses universitaires de Rennes.
396 pages.
_______________________________________________________________________
LE
LAPIDAIRE DE MARBODE DE RENNES
Télécharger
le document: (.rtf)
(.doc)
Marbode de Rennes (ou Marbodus ou Merboldus) est né à
Angers vers 1035 et s'est éteint dans la même ville
le 11 Septembre 1123. Après avoir enseigné quelques
temps à l'Ecole cathédrale d'Angers, Marbode s'est
vu confier en 1067 la direction de l'enseignement pour le diocèse
d'Angers. En 1096 Urbain II (pape de 1088 à 1099) le nomme
évêque de Rennes. Ayant eu une vie semble-t-il assez
agitée durant sa jeunesse Marbode aura, à partir de
sa venue à Rennes, une conduite sans reproche et conforme
à ses fonctions. Nommé administrateur du diocèse
d'Angers en 1109, Marbode, devenu aveugle, se retire, à 88
ans, au monastère de Saint Aubin à Angers où
il décède peu après.
Les écrits de Marbode ont été publiés
pour la première fois en 1524 à Rennes et réédités
par Beaugendre à Paris en 1708. Outre diverses vies de saints,
des hymnes et des poèmes, l'uvre de Marbode est surtout
connue par ses lapidaires, ce terme désignant les traités
consacrés aux propriétés et aux vertus des
pierres précieuses. Ses hymnes ont été édités
par Ropartz à Rennes en 1873. La bibliothèque de
Géosciences
Rennes (université de Rennes1) possède une copie
d'une traduction du plus important des lapidaires de Marbode.
Au cours du temps, la valeur attribuée aux gemmes a évolué
peu à peu et, outre les vertus magiques qui leur ont été
attribuées très tôt par les peuples orientaux,
elles ont acquis, petit à petit, une signification symbolique
très forte et ont été de plus en plus utilisées
dans des domaines très divers tels que l'astrologie ou la
médecine. C'est ainsi par exemple que, d'après l'Exode,
chez les Hébreux le pectoral du Grand pontife comportait
douze gemmes différentes représentant chacune une
des tribus d'Israël.
Les vertus des pierres ont été très tôt
transmises par écrit. A l'origine ces textes étaient
très différents les uns des autres sur le plan de
la forme et du contenu mais, petit à petit, ils ont pris
des formes bien définies. C'est ainsi que sont nés
les livres connus sous le nom de lapidaires.
En Occident la tradition des lapidaires s'est surtout développée
au Moyen âge à partir de divers ouvrages anciens tels
que le
De Lapidibus de Theophraste (écrit vers 315
av. J.-C.) , le
Materia medica de Dioscoride (Ier siècle)
ou l'
Histoire naturelle de Pline (Ier siècle). L'un
des plus anciens lapidaires médiévaux est celui de
Saint Isidore de Séville (560-636). Parmi les lapidaires
les plus connus on peut citer le
De Lapidibus de Sainte Hildegarde
de Bingen (1098-1179) ou le
De Mineralibus d'Albert le Grand
(1193-1280), mais ce sont ceux de Marbode de Rennes (1035-1123)
qui sont restés les plus célèbres.
Marbode est l'auteur de quatre lapidaires: deux en vers et deux
en prose:
- un petit lapidaire en prose consacré aux propriétés
thérapeutiques des pierres
- un petit lapidaire en prose consacré à la signification
symbolique des pierres
- un petit lapidaire de 99 vers consacré aux 12 pierres qui
d'après l'
Exode ornaient le pectoral du Grand Pontife
et qui représentaient les 12 tribus d'Israël.
- un important lapidaire en hexamètres latins, connu sous
le nom de
De Lapidibus (ou
Liber de lapidibus ), dont
on possède plus de 125 manuscrits et qui a été
traduit en hébreu, français, provençal, danois,
espagnol, anglais, irlandais, italien ...
Le De Lapidibus comprend un prologue, 60 strophes consacrées
chacune à une pierre et un épilogue dans lequel Marbode,
constatant que son livre ne concerne pas uniquement les gemmes,
propose le terme de
Lapidum pour désigner son traité
(
Propter quod Lapidum titulo liber iste notatur). Ce lapidaire
est largement inspiré des ouvrages de Theophraste et de Dioscoride
ainsi que du
De virtutibus lapidum écrit en grec par
Damigeron et traduit en latin au Ve siècle avant J.-C. Outre
les gemmes telles que l'améthyste, le saphir ou l'émeraude
le lapidaire est consacré aux pierres dures telles que l'agathe,
la cornaline ou le jaspe ainsi qu'à des matériaux
comme le corail ou les perles. Un certain nombre de strophes concernent
des pierres dont le nom ne signifie plus grand chose à notre
époque et si la sardoine évoque encore pour certains
la calcédoine brune, qui peut, actuellement, dire ce qu'est
l'absicte, la diacode ou l'hyène. L'allectoire (
De Allectorio)
qui provient du ventre d'un chapon (
Ventriculo galli) correspond
à la chaponette signalée dans certains lapidaires
du moyen âge et dont un exemplaire, taché de blanc
et de rouge, figure dans l'inventaire du Duc de Berry en 1416 sans
que l'on puisse pour autant trouver une correspondance dans la terminologie
actuelle. La ligurienne (
De Liguro) correspond vraisemblablement
à la ligure de Pline, c'est à dire au succint ou ambre
qui, comme la ligurienne, attire les petits brins de paille. Le
contenu de la strophe consacrée à la galactide (
De
Galactida) permet de rapprocher cette pierre de la
galactites
(pierre de lait) des anciens, cet-à-dire du talc. Quant au
terme céraunie (
De Ceraunio), sa signification nous
est connue par divers textes latins (Pline, Claudien...): il s'agit
des
pierres de foudre que Michel Mercati, intendant des jardins
du Vatican (mort en 1593) considérait, dès le XVIe
siècle, comme des outils datant des périodes ou l'homme
ignorait le travail des métaux et que nous désignons
maintenant sous le nom de haches de pierre. Il faut signaler que
le terme céraunie a aussi servi à désigner
les outils de silex. Marbode nous apprend que les céraunies
tombent du ciel pendant les orages et que le fait d'en porter sur
soi garantit une vie chaste, protège de la foudre, assure
le succès dans les combats et remplit le sommeil de visions
charmantes.
Un choix de vertus parmi toutes celles attribuées aux 60
pierres du lapidaire peut donner une idée de ce type de traité:
* l'agathe trompe la soif et est bonne pour la vue;
* le jaspe est souverain contre la fièvre;
* le saphir rajeunit le corps, met à l'abri de l'erreur,
rassure les âmes craintives et apaise les colères du
ciel;
* l'émeraude est utile aux devins et aux avocats et rend
la raison aux insensés;
* le béryl est utilisé contre les troubles du foie
et pour éviter les rots intempestifs;
* l'améthyste évite l'ébriété,
le corail fait fuir les monstres, la gérachite [?] protège
des piqûres d'abeilles, l'hématite est un bon remède
pour la diarrhée, la galactide donne du lait aux nourrices,
l'androdragme [?] apaise la colère enfin la diacode [?] est
indispensable pour évoquer les morts.
La Ville de Rennes reconnaissante a donné le nom de Marbode
à une allée située dans le quartier du cimetière
du Nord et, si vous surfez sur Internet, vous pourrez trouver un
poème attribué à Th. Chassériau. S'il
s'agit bien du peintre (1819-1856), et si l'attribution est exacte,
les talents de l'auteur s'expriment de manière beaucoup plus
évidente dans ses tableaux que dans ce poème:
Dans les rues de Rennes
Parfois rôde
Une reine au cur de granit
Et tout noctambule un peu ivre
En la croisant repense au livre
De Marbode. Traduits en ancien français, les vers de
Marbode relatifs à l'améthyste ont une tout autre
saveur:
D'Inde nus vient iceste piere,
E est a entailler legiere,
Ki l'a sur sei n'eniverra
(première traduction française du lapidaire de Marbode)
Quelques lectures possibles:
Marbode de Rennes -
Liber Lapidum. Traduction française en vers - 1870
Mémoire de la Société archéologique
d'Ille-et Vilaine, 7: 91-157
P. Monat - Poème des pierres précieuses - Petite
collection Atopia - Editions Jérôme Millon
Le
baron et la baronne de Beausoleil
Télécharger le document: (.rtf)
(.doc)
Au début du XVIIe siècle, le baron de
Beausoleil, Conseiller et Commissaire des Mines de Hongrie, s'est
vu confier, à plusieurs reprises, des missions officielles
en France, afin de procéder à diverses recherches
dans le but d'établir un état des ressources minières
du royaume. Les résultats des travaux conduits en France
par le baron et son épouse nous sont connus par plusieurs
publications reproduites dans l'ouvrage de Gobet (Les Anciens Minéralogistes
du Royaume de France) édité en 1779 : le Diorissimus
de materia prima lapidis (1627), la Véritable déclaration
de la découverte des Mines et Minières de France (1632)
et surtout la Restitution de Pluton, éditée à
Paris en 1640, et qui pose quelques problèmes. En effet si
l'édition de 1640 ne cite que deux mines en Bretagne "
une mine d'améthiste, proche de la ville de Lannion, comme
aussi une mine d'argent ", le texte publié par Gobet
donne une liste impressionnante de gisements. Or Gobet dit avoir
ajouté au texte de la baronne de Beausoleil un manuscrit
que lui avait communiqué le minéralogiste français
Romé de Lisle vers 1778, qui le tenait lui-même d'un
médecin breton, Monsieur de la Rüe. Divers indices tendent
à montrer que la partie ajoutée par Gobet au texte
original de la Restitution est probablement dûe aux Beausoleil
et qu'elle correspond à l'un des manuscrits perdus par les
Beausoleil lors de leur séjour mouvementé en Bretagne.
Quelques éléments de biographie
Jean du Chastelet est né dans le Brabant aux alentours de
1578; il est baron de Beausoleil et d'Auffembach et a épousé
Martine de Bertereau, originaire du Berry ou peut être de
Touraine. Le couple a, semble-t-il, consacré l'essentiel
de son activité aux travaux miniers, domaine dans lequel
le baron de Beausoleil a occupé divers postes importants:
Conseiller et Commissaire général des trois chambres
des mines de Hongrie, Général des mines du Tyrol et
du Trentin ainsi que des duchés de Bavière de Neubourg
et de Clèves.
En France, l'exploitation des mines a très nettement régressé
au cours du Moyen âge et les quelques entreprises survivantes
ont disparu vers la fin du XVe siècle, suite, d'une part,
à l'apport de métaux précieux en provenance
d'Amérique et, d'autre part, aux conditions très instables
créées par les guerres d'Italie et par les guerres
de Religion. Henri IV n'a cependant pas oublié le passé
minier du Royaume et, en 1601, il nomme son premier valet de chambre,
Pierre de Beringhen, Contrôleur général des
mines. C'est le nouveau Contrôleur général qui,
au début des années 1600, fait venir en France les
époux Beausoleil, à une date qui ne nous est pas connue
de manière précise. En 1626, le marquis d'Effiat,
successeur de Beringhen, les sollicite de nouveau et le baron reçoit
une commission " pour se rendre dans les provinces afin d'ouvrir
des mines, en faire des essais et donner des avis fidèles
avant de statuer sur ce qui serait convenable pour les affaires
de Sa Majesté ". Après être retournés
en Allemagne auprès de l'Empereur Ferdinand, les époux
Beausoleil, sont rappelés en 1628 et reviennent en France
en compagnie de mineurs et de fondeurs allemands. Enfin, en 1634,
le baron de Beausoleil, Conseiller d'Etat de l'Empire, se voit confier
une nouvelle mission par le Surintendant général des
Mines, Monsieur de la Porte de la Meilleraye. Durant cinq ou six
ans, le couple travaille dans plusieurs provinces et demande diverses
concessions au Conseil du Roy. La décision est retardée
à plusieurs reprises et, en 1640, la baronne publie, en tête
de la Restitution de Pluton, une requête adressée au
cardinal de Richelieu qui, pensant avoir affaire à des aventuriers,
fait enfermer le baron à la Bastille et la baronne à
Vincennes, où, semble-t-il, ils achevèreront leurs
pérégrinations.
Les Beausoleil constituent un couple tout à fait remarquable
et, sur la base des droits qui leurs ont été concédés,
c'est sur leurs propres deniers que toutes leurs prospections ont
été conduites. Les méthodes de prospection
employées, telles qu'elles sont décrites dans la Restitution
de Pluton, ont un parfum d'alchimie et d'astrologie comme chez tous
les métallurgistes de l'époque. Compte tenu des résultats
obtenus, on peut cependant penser que la baronne ne nous livre pas
tout son savoir et que les connaissances du couple, acquises "
sur le tas " lors de leurs inspections dans les mines d'Europe,
étaient sensiblement supérieures à celles de
la majorité de leurs contemporains.
Le séjour en Bretagne
La commission de recherche minière des époux Beausoleil
a été enregistrée au Parlement de Bretagne
en 1627 et l'essentiel de leur activité dans la Province
correspond à l'année 1628. Si on en croit le manuscrit
transmis par le docteur de la Rüe et reproduit par Gobet, environ
80 indices métallifères ont été mis
en évidence.
Ag
Pb Pb/Ag Au Cu
Fe Sn
Evêché de Rennes 2
1
1 1
1
Evêché de St Brieuc
1 1
Evêché de St Malo 1
1 1
Evêché de Vannes 1
1 1
Evêché de Quimper 16
2 4
4 5
1 1
Evêché de St Pol de Léon 2
2 1
Evêché de Tréguier 9
9 1
6
3 1
Les mines
signalées dans les évêchés bretons
(d'après la liste publiée par Gobet en 1779)
Durant la période (plus d'un siècle)
qui s'est écoulée jusqu'à la redécouverte
de ce texte en 1778, le manuscrit a circulé et quand, au
début du XVIIIe siècle, la question des ressources
minières a de nouveau pris de l'importance, il a vraisemblablement
servi de base pour les campagnes de prospection qui ont abouti à
la mise en exploitation de grands gisements tels que Pont-Péan
(35), Châtelaudren/Trémuson (22) ou Coat-an-Noz (29).
En Bretagne, parmi les divers lieux de séjour
des époux Beausoleil, seul celui de Morlaix nous est connu.
A l'époque les chercheurs de mines avaient une réputation
sulfureuse et l'on avait vite fait de les taxer de sorcellerie.
Les bretons ne faisant pas exception à la règle générale,
le baron, la baronne et leur suite sont regardés d'un mauvais
il, en particulier par La Touche Grippé, Prévôt
provincial. Le Prévôt usant de son pouvoir de police
et s'appuyant sur l'hostilité de ses concitoyens envers les
Beausoleil, profite de leur absence pour se faire ouvrir les portes
de la maison en présence du Procureur du Roi, pour perquisitionner
et pour confisquer les bijoux de la baronne, les échantillons
de minerais, divers papiers dont " les mémoires des
lieux où ils avaient trouvé des minéraux, épreuves
qu'ils en avaient faites , instruments pour découvrir les
mines ". A leur retour les époux Beausoleil ne peuvent
que constater les faits et protester énergiquement mais inutilement.
Le baron et son épouse regagnent alors l'Allemagne et ne
reviennent en France qu'en 1630. En 1632 la baronne de Beausoleil
fait paraître la Véritable déclaration des Mines
du Royaume de France où elle rappelle qu'elle a " été
dépouillée d'une grande partie de [ses] biens par
La Touche Grippé ". Malgré ses protestations,
répétées en 1640 dans La Restitution de Pluton,
elle n'obtiendra jamais gain de cause et ayant encouru l'hostilité
du tout puissant Cardinal Duc Richelieu, elle achèvera son
séjour en France dans un cachot à Vincennes, son époux
subissant le même sort à la Bastille.
Quelques lectures possibles:
Martine de Bertereau, Baronne de Beausoleil -
1640 - La Restitution de Pluton. A Monseigneur
l'éminentissime Cardinal Duc de Richelieu. Des Mines &
Minières de France, cachées & détenues
jusques à présent au ventre de la terre, par le moyen
desquelles les Finances de sa Majesté seront beaucoup plus
garndes que celles de tous les Princes Chrestiens, & ses sujets
plus heureux de tous les Peuples. Paris, Hervé du Mesnil.
A. Descoqs - 1920 - La Bretagne minière et les
prospections du Baron et de la Baronne de Beausoleil. Bulletin
de la Société géologique et minéralogique
de Bretagne, 1, 4:227-239.
P. Routhier - 1987 - Deux mineurs spoliés et emprisonnés
ou " la Restitution de Pluton " (1640) par Madame la Baronne
de Beausoleil. Travaux du Comité français d'Histoire
de la Géologie, t.1, n°1: 1-8.