Le contournement de la presqu'île par l'est permet d'observer
un nouveau contact entre granites, mais cette fois ci entre le
granite intermédiaire et un granite gris clair, le leucogranite
de l'Île-Grande qui, lui, ne contient pas d'enclaves. Une
ancienne petite exploitation littorale au nord-est de la presqu'île
permet de bonnes observations.
Des amas pluricentimétriques sombres correspondent à
de la cordiérite totalement pinitisée (mélange
de micas, de chlorite et de quartz).
Quelques filons peu épais de kersantite, roche magmatique
sombre, microgrenue, riche en mica noir, sont reconnus, uniquement
dans les enclaves de granite à gros grain (façade
ouest de la presqu'île). Ils sont donc postérieurs
à celui-ci et antérieurs à la mise en place
du granite intermédiaire.
La presqu'île de Toénot expose donc, sur un espace
relativement réduit, les trois groupes de granites constitutifs
du massif de Ploumanac'h ainsi que leurs relations géométriques,
permettant d'établir une chronologie relative de mise en
place.
A noter qu'à proximité de Toénot, en bordure
de la D. 788 et derrière l'Auberge de Jeunesse de Trébeurden,
l'ancienne carrière de Kerléo est la localité
classique pour l'observation de la "mégabrèche
magmatique" (cf. description dans le Guide géologique
de la Bretagne, 1996, p.49).
* A partir de Toénot rejoindre
au sud Trébeurden puis descendre vers le port de Trozoul
et aller jusqu'à la zone de stationnement de l'Ile Milliau.
A pied contourner par le sud les rochers du Castel et traverser
la zone submersible pour rejoindre l'Ile Milliau.
Attention! Tenir compte des horaires et des coefficients de marée.
Ne pas monter sur l'île mais partir sur la gauche dans les
rochers pour rejoindre la falaise qui borde l'île au sud.
Les cornéennes
alumineuses de l'Ile Milliau (Enez Vilio) et leur contact avec
le granite (site 15)
Le granite rose à gros
grain, type la Clarté, qui forme l'essentiel de l'île,
est en contact avec une série sédimentaire qui constitue
tout l'estran rocheux du sud de l'île.
Fig.5 - Carte géologique de
l'Ile Milliau (d'après Barrière, 1976)
Le contraste chromatique entre le granite clair et les roches
sédimentaires très sombres permet aisément
de suivre ce contact vers l'Ouest, tout au long de la falaise.
Sa géométrie est très particulière;
il est subhorizontal, le pied de falaise étant occupé
par les roches sédimentaires à stratification subverticale
orientée nord-sud, tandis qu'au dessus le granite montre
des différentions pegmatitiques et aplitiques disposées
en bandes parallèles au contact.
Le granite montre une foliation magmatique subhorizontale soulignée
par l'orientation des cristaux de feldspath.
La série sédimentaire, connue sous le nom de Formation
de l'Île Milliau, est constituée d'alternances millimétriques
à centimétriques de lits greywackeux sombres et
de lits arkosiques clairs qui dessinent un rubanement caractéristique.
La stratification, verticale, est simplement rompue par quelques
plis d'axe nord-sud.
Du fait de la proximité du granite, les roches sédimentaires
sont transformées par métamorphisme de contact en
cornéennes alumineuses, les structures de dépôt
étant cependant fort bien conservées.
Les niveaux au chimisme initial alumineux montrent des taches
qui correspondent à de l'andalousite, les niveaux plus
ferro-magnésiens montrent des taches qui correspondent
à de la cordiérite et de l'andalousite.
Au contact immédiat avec le granite apparaît la sillimanite.
Le caractère intrusif du granite s'exprime également
sous forme de filons larges de quelques dizaines de centimètres
à texture aplitique ou pegmatitique injectés dans
des fractures parallèles aux plans de stratification de
l'encaissant, donc globalement orientés nord-sud, sauf
quelques cas où ces filons présentent une direction
nord-ouest - sud-est.
Il s'exprime encore dans la présence, sur la bordure du
massif, d'enclaves de cornéennes arrachées à
l'encaissant formant autant de corps étrangers ("xénolithes")
dans le magma
granitique.
Ces enclaves décimétriques à pluridécimétriques
sont anguleuses, leur forme indiquant un fort contraste de viscosité
entre elles et le granite, celui-ci s'étant mis en place
dans un matériel solide et beaucoup plus froid.
Les blocs de roches sédimentaires vont ainsi "tomber"
dans la chambre magmatique. Ce phénomène a pour
nom "magmatic stopping".
Certaines de ces enclaves, particulièrement spectaculaires,
permettent de voir comment le magma granitique s'est mis en force
dans l'encaissant, en s'injectant entre les lits sédimentaires,
les écartant jusqu'à les dissocier.
Les paragenèses développées dans le thermométamorphisme
autorisent une estimation de la profondeur maximale de mise en
place de l'intrusion granitique autour de 8 kilomètres.
L'âge de la Formation de l'Île Milliau, que l'on
observe également à marée basse au pied du
Castel, n'est pas connu. Il pourrait être dévonien,
comme cela est souvent évoqué, mais tout aussi bien
beaucoup plus ancien. Un âge briovérien a même
été proposé par Barrois (1909).
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* Depuis Trébeurden
reprendre la D 788 vers Trégastel-Plage. Dépasser
la localité en direction de Perros-Guirec, toujours
par la D 788. Après environ 1500 mètres
et après un rond-point, laisser sur la droite la
route qui mène à Trégastel-bourg
pour prendre la première rue à gauche (Hent
Touroni) qui file jusqu'à la plage de Tourony.
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Les traînées sombres de
Tourony (Site 16)
Depuis la zone de stationnement, pour peu que le soleil soit
de la partie, le spectacle est magnifique. Sable blanc de la plage,
granite rose des rochers, émeraude du chenal d'accès
au port de Ploumanac'h, château de Costaérès
(Coz Seheres, la vieille sécherie) fermant l'horizon
parmi les énormes masses rocheuses et les pins sont un
condensé de la Côte de Granite rose.
De part et d'autre de la plage, mais surtout dans sa partie occidentale,
les blocs de granite rose à gros grain, porphyroïde,
identique à celui de l'Île Renote, sont parcourus
de traînées sombres tout à fait singulières.
Ces rubans de minéraux colorés ferromagnésiens,
principalement de la biotite, accessoirement de l'amphibole, dessinent
dans le granite des figures variées en fonction de la géométrie
des blocs. Souvent arquées, elles sont des faisceaux courbes,
des spirales, des ellipses.
Ces formes s'emboîtent telles des pelures d'oignon ou se
recoupent les unes les autres.
Elles sont interprétées comme témoignant
de mouvements internes à la chambre magmatique, de déformations
visqueuses au sein du magma granitique, juste avant sa prise en
masse.
Ces ségrégations minérales peuvent correspondre
à des structures d'écoulement, à des volutes,
des tourbillons, des tuyaux de matière.
Ces rubanements, assez fréquents dans les granites porphyroïdes,
ont été généralement regroupés
sous le nom de schlieren par M. Barrière,
même si ce terme ne semble pas tout à fait approprié
à ce type de structure
Fig.6 - Localisation
des schlieren dans les granites à gros grain (d'après
Barrière, 1976)
À l'échelle du massif de Ploumanac'h, ces rubanements,
ainsi que d'autres variétés d'amas de minéraux
ferro-magnésiens, sont uniquement présents dans
les granites externes à gros grain et sont concentrés
dans une zone annulaire de quelques centaines de mètres
de large, distants de 500 à 1500 mètres de la limite
externe du massif (fig. 6) comme on avait pu le voir dans la région
du Dé et sur la plage de Ker ar Vir (sites 4 & 5).
Toujours à Tourony, des venues aplitiques ou aplito-pegmatitiques
(grain fin et grain grossier), surtout évidentes dans les
roches de l'est de l'anse, accompagnent ces structures rubanées.
Elles sont issues du granite intermédiaire et se sont mises
en place dans le granite à gros grain à la faveur
des zones de décollement que constituaient les "schlieren".
Ces beaux rubanements s'observent également au delà
de la pointe rocheuse qui ferme à l'ouest la plage de Tourony
en allant vers la baie de Sainte-Anne.
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* Après
le pont qui enjambe une vallée "peuplée"
de blocs (arrêt possible), prendre à droite
la route de Randreuz en direction du site de la Vallée
des Traouiéro (Lec'hienn Traouiero) (fléchage).
Dépasser Randreuz et après une petite route
qui part à gauche vers La Clarté, stationner
sur la gauche avant le Roc'h Ledan.
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Un peu plus loin, un panneau explicatif
signale le départ du chemin qui descend dans la Vallée
du Grand Traouiéro*
* Traouiéro est un mot breton
au pluriel signifiant "vallées" avec une notion
de profondeur.
La Vallée des Traouiéro
(site 17)
Les vallées des Traouiéro -le Petit Traouiéro
et le Grand Traouiéro- sont deux vallées parallèles
orientées nord-sud aboutissant dans le port de Ploumanac'h.
Fortement boisées, elles sont empruntées par des
ruisseaux qui se sont profondément enfoncés dans
le granite à gros grain type Traouiéros laissant
apparaître la roche sur leurs flancs.
La Vallée du Grand Traouiéro, site naturel aménagé,
s'étire sur plus de 4 kilomètres. Parcourue par
des sentiers pédestres elle est localement encombrée
de boules volumineuses accumulées en chaos rocheux impressionnants
et spectaculaires dont les blocs adossés les uns aux autres
forment parfois des grottes aux noms évocateurs comme celle
des Lépreux ou encore celle des Contrebandiers.
Son intérêt géologique et géomorphologique
est de montrer comment l'installation d'un réseau hydrographique
conjuguée à l'altération et l'érosion
du granite peut amener à la formation de reliefs et de
paysages chaotiques.
Ce site prouve que ces types de reliefs dans les massifs granitiques
sont d'abord des morphologies continentales avant d'être
parfois plus ou moins reprises par les eaux marines comme c'est
le cas pour le massif de Ploumanac'h.
Quelques exploitations dont on trouve la trace ont fonctionné
dans cette vallée avant qu'elle ne soit protégée,
à Kergomar et surtout à proximité de Traouiéros
qui a fourni des moellons de granite type Traouiéros que
l'on retrouve aujourd'hui dans de nombreuses constructions anciennes.
* Remonter sur la lande (panorama vers
le large) et revenir prendre à droite la petite route qui
part vers la Clarté. Celle-ci traverse des travaux qui
annoncent les carrières de granite rose de La Clarté
et atteint la zone d'implantion des bureaux des sociétés
granitières (rue des carrières).
* Prendre sur la droite le Chemin de
Ranguillégan.
Les carrières de granite rose
de La Clarté (site 18)
Même si elle n'est plus palpable sur le littoral, l'industrie
extractive est encore bien présente au sein du massif de
Ploumanac'h, dans l'un des plus grands bassins granitiers bretons,
le plus réputé à l'étranger pour la
qualité esthétique du matériau qu'il fournit.
De part et d'autre du chemin de Ranguillégan le paysage
est entaillé par d'impressionnantes carrières ouvertes
dans le granite rose et dont la profondeur dépasse souvent
les 50 mètres.
Le début de l'exploitation, aujourd'hui entre les mains
de 5 sociétés, a commencé au début
du 20ème siècle.
|
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Après enlèvement de quelques
mètres de terre et de roche altérée,
apparaissent de puissantes masses granitiques pratiquement
exemptes de défauts.
Les fronts de taille y montrent des enclaves sombres et
des traînées micacées (les "crapauds"
des carriers) classiques dans ce type de granite.
En dehors d'un intérêt dans l'approche des
techniques modernes d'extraction, les carrières
de la Clarté offrent un grand intérêt
géologique du fait de la beauté et de la
diversité des paragenèses développées
durant les stades ultimes de l'évolution du granite
externe.
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Dans sa masse il montre des accidents aplito-pegmatitiques
qui correspondent à des poches difformes individualisées
au sein de la roche en fin de cristallisation; dans celles-ci
ce sont accumulés le magma et les liquides résiduels
qui ont donné naissance en leur centre à des
cristaux souvent pluridécimétriques de microcline
rouge, de quartz hyalin, de lamelles de biotite, de baguettes
noires de hornblende et de rares allanites. Ces pegmatites
sont aussi réputées pour renfermer des lamelles
de molybdénite.
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molybdénite
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enrochement au port de Trébeurden
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Quelques faciès particuliers y ont
été observés comme des différenciations
à arborescences biotiques ou bien des poches de
granite orbiculaire (cf. site 23).
Ces différentes associations coïncident spatialement
avec les approches externes du pluton, siège d'instabilités
physico-chimiques favorables aux concentrations privilégiées
des liquides résiduels.
Alors que les "déchets" sont essentiellement
destinés aux enrochements, les marchés principaux
pour le granite rose labellisé La Clarté
sont la marbrerie funéraire, les plaques de dallage
et de revêtement de façades de bâtiments,
les divers aménagements et mobiliers urbains, la
sculpture
|
A noter que le granite intermédiaire est encore localement
exploité à l'ouest de Saint-Samson ainsi qu'à
Woas Wen.
* Ces carrières
ne sont bien entendu pas libres d'accès sinon à
l'occasion de visites guidées ou de journées portes
ouvertes (renseignements auprès des structures touristiques
locales).
* Une vue d'ensemble du site est possible
à partir de la route qui part au sud de la Clarté
vers Pleumeur-Bodou.
* Rejoindre la Chapelle N.D. de La Clarté
dont la visite est conseillée et prendre à droite
vers Perrros-Guirec. A l'intersection avec la D 788 (feux tricolores)
tourner à gauche vers Ploumanac'h.
*Peu après, la route plonge vers
le rivage offrant un superbe vue. Stationner à droite.
Le Point de vue du Sémaphore
(site 19)
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Ce superbe belvédère, au pied
du sémaphore, est souvent la première vision
des visiteurs sur la Côte de Granit Rose. Il procure
toujours un choc esthétique et permet également
une lecture géologique du paysage. Au premier plan
c'est l'encaissant du massif granitique de Ploumanac'h
ici constitué par les formations icartiennes et
cadomiennes très érodées (gneiss,
granitoïdes et volcanites); au second plan ce sont
les rochers de granite rose de Ploumanac'h (granite externe)
qui constituent la masse chaotique dite du "Château"
et tout au loin, si l'horizon est bien dégagé,
le chapelets des Sept Iles (ar Jentilez) qui apparaissent
comme les reliefs résiduels d'une antique chaîne
de montagnes aujourd'hui entourés par les eaux
de la Manche.
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En portant le regard sur la droite, vers la Grève Saint-Pierre,
est visible la granodiorite cadomienne de Perros-Guirec recoupée
de nombreux filons doléritiques qui sont aisément
observables à partir du sentier des douaniers qui part
vers Beg ar Storloc'h.
* Continuer sur une centaine de mètres
et prendre à droite le chemin du Squevel qui descend vers
le Ranolien (camping) et rejoint la zone de stationnement.
* A pied, emprunter le sentier qui part
vers le célèbre site des Rochers de Ploumanac'h.
Le contact de Pors Rolland - Le Ranolien
(site 20)
Le sentier depuis le Ranolien domine les roches icartiennes,
parfois recoupées de granitoïdes cadomiens, déjà
entrevues depuis le belvédère du sémaphore
tandis que sur la gauche, au delà du camping du Ranolien,
émergent de la lande des blocs de granite annonçant
les célèbres Rochers de Ploumanac'h.
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A l'approche de la petite crique de Pors
Rolland le contraste de couleur apparaît particulièrement
frappant entre le noir des roches qui occupent l'estran
et le rose du granite qui constitue les premiers rochers
atteints par le sentier puis l'imposante masse rocheuse
dite du "Château".
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Nous sommes ici au contact entre le pluton granitique de Ploumanac'h
et son encaissant.
La différence de relief du platier rocheux entre le flanc
nord de l'anse de Pors Rolland et le Ranolien, au sud, est également
parlante.
Ce remarquable contact géologique, qui se révèle
à chaque marée, est aisément palpable lorsque
l'on descend sur l'estran: à gauche c'est le granite rose
en relief chaotique et en blocs accumulés au pied du Château,
à droite ce sont des roches sombres connues sous le nom
de gneiss de Trébeurden.
Ces gneiss correspondent à une ancienne série volcanosédimentaire
qui admet des volcanites de couleur claire (rhyolites et dacites),
des volcanites sombres basiques, l'ensemble étant recoupé
par des roches granitiques à granodioritiques transformées
en orthogneiss. Elles possèdent une foliation métamorphique
plongeant de 30 à 45° vers le nord-ouest.
Ils entourent le granite de Ploumanac'h, affleurant mal dans les
terres, réapparaissant au sud de Trébeurden, à
la pointe de Bihit où les orthogneiss ont fourni un âge
autour de 2 milliards d'années.
Ils appartiennent clairement aux lambeaux de socle icartien disséminés
dans le Trégor au sein des roches cadomiennes beaucoup
plus récentes, comme ici le granite de Perros-Guirec daté
à 615 millions d'années.
|
Des filons du granite de Ploumanac'h, aisément
identifiables à leur couleur claire qui tranche sur
celle des gneiss, larges de quelques décimètres,
pénètrent dans ces très vieilles roches.
Ils peuvent être massifs, homogènes, ou bien
renfermer des enclaves anguleuses des roches dans lesquelles
ils se sont injectés.
Ceci prouve, une fois de plus, que les gneiss étaient
indurés lorsque le granite s'est mis en place.
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La crique de Pors Rolland montre à
la fois le granite encore frais, très fortement structuré
par de nombreuses diaclases et le granite très altéré,
"pourri", en voie d'arénisation.
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Les Rochers de Ploumanac'h (sites 21
et 22)
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Le sentier entre bientôt dans le célèbre
site des Rochers de Ploumanac'h, heureusement aujourd'hui
revégétalisé et réaménagé
pour recevoir des centaines de milliers de visiteurs en
quête d'émotions esthétiques sinon
géologiques.
Les parcours tracés dans la lande permettent d'apprécier
le travail de l'altération et de l'érosion
dans le granite rose à gros grain.
Du sol émergent des rochers fracturés, creusés,
affouillés, arrondis par le temps.
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Ils composent un fantastique bestiaire dans lequel, depuis longtemps,
on range un lapin, un requin, une tortue, la tête d'un dauphin,
un caméléon, un épagneul breton, mais il
n'est pas un seul visiteur qui ne fasse fonctionner son imagination
et, en fonction de l'éclairage du moment, ne contribue
à allonger la liste de ces étranges figures.
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À l'approche du littoral, le paysage devient plus minéral.
De la pelouse rase émergent toujours des rochers "
sculptés " par l'érosion. Comme sur l'Île
Renote, il est fréquent d'observer sur les surfaces planes
des cuvettes, des vasques dont les dimensions vont de quelques
centimètres à un peu plus d'un mètre. Ces
creusements de la roche sont à la fois dus à l'eau
de pluie et aux embruns salés projetés lors des
périodes de vents forts. L'eau et le sel qui stagnent sur
le granite ont une action physique mais surtout chimique en dissociant
les grains de feldspath et de mica.
Le creusement aboutit parfois au percement complet des parois
ou du fond de la cuvette.
Le travail de l'eau est aussi évident dans la présence,
sur de nombreux rochers, de rigoles plus ou moins profondes disposées
en éventail ou en draperies au long de la ligne de plus
grande pente.
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Sur plus d'un kilomètre, entre les
pointes rocheuses de la Roche du Diable au magnifique tombant
rocheux et celle du Squewel (ar Skevel), jusqu'à
celle qui porte le phare de Pors Kamor (Men Ruz),
l'estran est occupé par des chaos de blocs arrondis,
polis, continuellement brossés par la mer. On devine
aisément l'origine de ces chapelets de rocs énormes
défiant parfois l'équilibre en observant le
granite en place, comme toujours, intensément diaclasé.
|
Les fractures sont assez largement espacées. L'eau de
pluie pénètre, circule et altère la roche
qui est peu à peu dissociée, transformée
en arène; le cur des blocs reste sain après
érosion et déblaiement des particules altérées
par l'eau de pluie ou de mer, voire par le vent. Les blocs peuvent
rester en place ou, plus souvent, s'écroulent par gravité
formant ainsi les chaos.
L'anse de Pors Kamor (bateau de sauvetage) s'est formée
au débouché d'une petite vallée installée
sur une zone faillée matérialisée sur l'estran
par de petits filons de quartz blanc orientés nord-sud.
Une visite à la maison du littoral s'impose. Lieu d'information
et de sensibilisation elle présente différentes
expositions, l'une d'entre elle étant naturellement consacrée
à la géologie du granite et à son exploitation.
Quelques rochers remarquables:

le lapin
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la guérite
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le bélier
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la tête de dauphin
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la tête de mort
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la bouteille
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Le Quaternaire de Pors Laëron (site
21)
Exposée aux vents de nord-ouest, la côte est balayée
par les tempêtes qui laissent peu de chance aux sédiments
meubles d'être bien conservés.
C'est ainsi que les sédiments quaternaires, par ailleurs
assez abondants sur les côtes nord du Massif armoricain,
sont rares sur le granite de Ploumanac'h.
Néanmoins, 250 mètres à l'est de Pors Kamor,
la presqu'île de Squewel est reliée à la côte
par un mince cordon de dépôts quaternaires qu'entame
la crique de Pors Laëron (le port aux voleurs).
La petite falaise qui ferme la crique montre, sur quelques mètres
d'épaisseur, des sédiments jaunâtres relativement
meubles.
Ce sont à la fois des particules sableuses issues de l'altération
du granite et du loess, fines poussières argilo-carbonatées
arrachées aux calcaires mésozoïques, alors
que la Manche était à sec, et apportées jusqu'à
la Bretagne par le vent lors de la dernière période
glaciaire entre 100000 et 18000 ans.
Matériau fragile, le loess est très sensible à
l'érosion, à l'action mécanique des vagues
mais surtout au ruissellement des eaux de pluie.
Le mince pédoncule de Pors Laëron est relativement
bien protégé de la mer mais jusqu'à quand
résistera-t-il ?
D'autres formations quaternaires, plus discrètes, sont
reconnues au long du sentier. Ce sont surtout des galets en haut
de rivage.
* Revenir à la zone de stationnement
puis remonter vers la D. 788.
* Prendre à droite et après environ 500 mètres,
aux feux tricolores, aller à droite vers Ploumanac'h.
Le parc de loisirs et de détente Christian Gad se trouve
peu après sur la droite.
Les sculptures du parc Christian Gad
(site 23)
En 1998, un Symposium de sculptures monumentales sur granites
s'est tenu à Ploumanac'h, à la suite de ce qui avait
été fait quelques années auparavant à
Lanhélin (Ille-et-Vilaine).
Une grande partie des uvres, résultat du travail
de quelques artistes, sont aujourd'hui implantées dans
le parc Christian Gad.
À côté d'uvres réalisées
en granites provenant d'autres régions de Bretagne, on
peut voirr une spectaculaire " roue " en granite rose
de la Clarté ("Vie au soleil" de Hervé
Quéré). Jusqu'à une date récente,
il était également possible d'admirer une autre
sculpture, judicieusement appelée " urbi et orbi "
(Bruno Panas) a été confectionnée dans ce
même granite rose mais aussi dans un faciès rare
et particulier.
Il s'agit d'un faciès orbiculaire découvert en 1989
lors de l'agrandissement d'une carrière dans le granite
de la Clarté.
Ce granite n'est plus directement visible sur le terrain ; il
est néanmoins accessible au visiteur dans la Maison du
Littoral (près du phare), où une superbe plaque
polie est apposée sur un des murs de la salle d'exposition
sur le "granit".
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|
Les orbicules sont des structures ovoïdes
à subsphériques, de diamètre dépassant
souvent 10cm, disséminées dans le granite
type la Clarté.
Leur cur peut être constitué d'amas biotiques,
d'un granite à grain fin, d'une association grenue
biotite-plagioclase-quartz, d'un granite à gros grain,
ou, très souvent, d'un mégacristal de microcline
rouge. L'enveloppe, ou cortex, offre une texture grossièrement
radiée, en éventail ; elle est constituée
de feldspath microcline, de biotite, de rare plagioclase.
L'origine de ces structures n'est pas clairement expliquée.
|
Quelques centaines de mètre-cubes de ce superbe matériau
ornemental ont été extraits. Les tranches polies
ont été utilisées pour l'obtention de revêtements
muraux de grande dimension, de tables ovales, de divers mobiliers
intérieurs.
Les granites orbiculaires sont très rares dans le Massif
armoricain et, en dehors de ce faciès exceptionnel du massif
de Ploumanac'h, seul le granite de l'Aber-Ildut dans l'ouest finistérien,
offre un faciès orbiculaire qui affleure sur l'estran de
la commune de Porspoder.
En guise de conclusion: architecture et genèse du complexe
(d'après les travaux de Michel Barrière)
Le complexe de Ploumanac'h se met en place à la fin
de l'ère primaire autour de 300 millions d'années
c'est-à-dire en fin d'édification de la chaîne
hercynienne.
Comme le montrent les divers sites proposés à la
visite, il est composé d'une grande variété
de roches plutoniques parmi lesquelles dominent des granites alcalins
à caractère anorogénique qui se mettent en
place successivement et de façon très rapprochée
en trois unités dans un contexte géodynamique encore
mal connu:
1- magma des granites roses à gros grain,
parfois très porphyriques, de la Clarté-Traouiéros
et magmas basiques avec lesquels ils se mélangent imparfaitement.
2- magma des granites à grain fin, parfois
légèrement porphyriques, de type Canton et granites
internes de l'Ile-Grande. Ce second épisode s'achève
par l'intrusion des granites à grain fin de type Woas Wen
et de quelques filons de microgranodiorites.
3- magma du leucogranite externe de l'Ile-Grande
qui vient former une lame entre les granites internes de l'Ile-Grande
et ceux de Canton d'où partent des filons.
L'architecture du massif
Le massif de Ploumanac'h présente une anatomie complexe
(Fig. 7) résultant de l'emboîtement de trois dispositifs
mis en place successivement et dans des contextes différents.
Fig.7 - Esquisse interprétative synthétique
de l'architecture du complexe de Ploumanac'h (d'après
Barrière, 1976)
Sa structure générale est celle d'un tronc de cône,
entonnoir profond à section elliptique occupé par:
- les granites à gros grain (granites de la Clarté
et des Traouiéros) et les roches basiques injectées
simultanément, ces dernières formant au nord du
massif une masse importante située en profondeur.
- des dykes verticaux, de larges feuillets horizontaux et des
filons à pendage externe constitués de granites
divers à grain fin (Canton, Woas Wen,
) qui occupent
une large fraction centrale de l'aire elliptique.
- une cloche asymétrique de granites à grain moyen
(granites de l'Ile Grande) au centre de l'unité précédente.
Les différentes étapes de mise en place
Fig.8 - Interprétation des intrusions
des granites à grain fin au centre du complexe (d'après
Barrière, 1976)
1ère Etape
Fracturation conique annulaire du socle avec individualisation
d'un panneau qui, soit par effondrement dans le réservoir
magmatique, soit par refoulement vers le haut à la manière
d'un piston, permet l'intrusion des granites roses à gros
grain types la Clarté et Traouiéros accompagnés
de roches basiques (gabbros au sens large).
Cette première venue magmatique s'accompagne d'abord de
fractures concentriques et de fractures radiales qui sont nourries
de granite à gros grain, de granite à grain moyen,
de granite aplitique et d'aplitopegmatites qui recoupent le premier
corps magmatique et le socle.
Des fractures radiales, inclinées à subhorizontales,
remplies d'aplitopegmatites sont légèrement postérieures
aux précédentes.
2ème Etape
Fracturation de la première unité dans ses parties
centrale et méridionale permettant l'intrusion des granites
du groupe intermédiaire (Canton, Woas Wen) qui se disposent
selon les fractures en puissants feuillets horizontaux ou obliques,
en dykes verticaux.
Ainsi se trouve réalisée une mégabrèche
avec d'immenses blocs de granite rose cimentés par les
granites intermédiaires.
3ème Etape
Mise en place des granites gris de l'Ile-Grande à la
faveur d'une nouvelle fracturation, selon une structure filonienne
circulaire ("ring dykes") qui recoupe les granites intermédiaires
(Fig.8).
Genèse du complexe
Les mécanismes de genèse des magmas à l'origine
de la formation du complexe granitique de Ploumanac'h ne sont
pas encore connus avec précision et font encore l'objet
de discussions entre pétrologues et magmatologues.
Le schéma global suivant peut néanmoins être
proposé:
1- Remontée dans la croûte d'une intrusion diapirique
de matériel basique.
Celui-ci va se différencier en donnant des liquides de
plus en plus acides qui, en se mélangeant avec la croûte
environnante (hybridation), vont aboutir à la formation
des granites externes rouges puis à celle des granites
intermédiaires.
2- la très forte température du magma basique est
suffisante pour induire la fusion partielle de la croûte
dans laquelle il se met en place. Ainsi se trouve expliquée
la naissance des granites hyperalumineux de l'Ile-Grande qui occupent
la partie centrale de l'édifice.
Le complexe de Ploumanac'h correspond à un mélange
dans des proportions différentes d'un composant purement
issu du manteau (les roches basiques) et d'un composant purement
issu de la croûte (les granites à muscovite et cordiérite).
Au fur et à mesure de la formation du complexe, les intrusions
successives montrent une prépondérance du terme
crustal sur le terme mantellique.
Quel est le contexte géodynamique qui a permis cette remontée
du magma basique ?
Deux hypothèse peuvent être évoquées:
a- apparition d'une série de points chauds au sein de
l'édifice hercynien.
b- formation d'un grand accident tectonique affectant la croûte
et une parte du manteau sur 100 à 150 kilomètres
de profondeur, induisant la fusion partielle du manteau péridotitique.
Texte et clichés Jean Plaine,
Mai 2004
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