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Montbelleux (35)

Autour de la mine de Montbelleux (Luitré, Ille-et-Vilaine)

 Sentier pédestre d’interprétation

 

   À proximité de Fougères, Montbelleux est une petite colline des Marches de Bretagne située sur la commune de Luitré. Site emblématique de cette dernière, elle a été témoin d’une activité insolite dans ce pays d’élevage et de cultures.

Mine d’étain en Armorique à l’Âge du bronze, montagne sacrée des Celtes, elle deviendra mine de wolfram et d’étain au début du 20ème siècle.

   Au dire des géologues miniers, Montbelleux est unique et constitue un cas exceptionnel. Même à l’échelle mondiale, il est très particulier par le fait que dans un seul gisement il y ait autant d’étain (Sn) que de wolfram (W) exploitables en même temps.

Le district stanno-wolframifère de Montbelleux est essentiellement composé de schistes d’âge briovérien (vieux d’environ 540 millions d'années), limité au nord par le grand massif granodioritique cadomien de Fougères et au sud par les terrains paléozoïques du synclinorium médio-armoricain.

L’intrusion de minéralisation Sn-W consiste en un dyke vertical de granite fin albitique post-cadomien riche en quartz et muscovite parcouru par un stockwerk quartzeux minéralisé en cassitérite, wolframite et topaze. Cette lame de granite, orientée NE-SW, sub-verticale, de 30 à 40 mètres de puissance est longue d’environ 250 mètres.

Il semble que l’essentiel des réserves y soit compris en profondeur entre les niveaux -30 et -330 mètres.

L’accès direct au site d’exploitation est aujourd’hui impossible, hormis lors de quelques manifestations particulières.

C’est pourquoi la mise en place en 2013 de ce sentier d’interprétation balisé et équipé de panneaux informatifs s’avère des plus judicieuses pour comprendre le site.

Accès

Depuis Fougères, prendre au sud la D 798 vers Vitré.

Après environ 4 kilomètres prendre à droite vers le Clos au Ray en suivant les panneaux « Sarl TALIGOT ».

Au lieu-dit « les Loges » aller à droite en direction du Haut-Monbelleux et après 1 kilomètre de montée stationner à gauche le long de la route à proximité du chevalement de la mine.

Documents et informations utiles

- Feuille topographique Ign à 1/25 000ème : 1317 Est Fougères Est.

- Feuille géologique BRGM à 1/50 000ème : Fougères (283).

Longueur : 4,5 km - Durée : 1h30.

Balisage par traits jaunes et panneaux « 3M », du nom de l’association (Mémoire de la Mine de Montbelleux) engagée dans la sauvegarde et la valorisation du site :

http://montbelleux.e-monsite.com/

Descriptif du parcours (Fig.1)

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Fig.1- Le circuit avec l'emplacement des panneaux.

Depuis la mine partir vers le nord [beau point de vue vers Fougères], prendre la première à droite puis après 200 mètres la première à gauche jusqu’au Haut Monbelleux.

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Premier panneau

Sentiers pédestres de Montbelleux à Luitré. Parcours d’interprétation

Montbelleux est un lieu chargé d’histoire et de légendes.

A son sommet s’élevaient deux menhirs, vieux de plus de 4000 ans. Ils ont été détruits par ignorance au XIXe siècle pour empierrer la route de Laval toute proche.

Sur cette montagne où était honoré le dieu celte Belen, on y offrait des sacrifices au solstice d’été.

Des légendes ont toujours vivantes : celle du merle de Noël par exemple.

A l’âge du bronze, l’étain extrait permettait la fabrication du bronze.

Montbelleux apparaît à plusieurs reprises au cours de la préhistoire mais aussi au cours de l’histoire.

Montbelleux, site emblématique de la commune de Luitré, représente surtout aujourd’hui un lieu de mémoire industrielle historique et atypique dans une région d’élevage et de culture.

Au XXe siècle, une mine de wolfram a été exploitée en plusieurs périodes. La mine faisait vivre plusieurs familles dans la région ; Elle représentait la création d’une richesse mais aussi une culture : les hommes étaient durs à la tâche :

«  la mine c’était des salissures, de la sueur, u danger mais c’était aussi de la camaraderie et de la dignité »

La mine a connu des décès ou des blessés par accidents, des licenciements quand le cours du minerai chutait sur le marché des matières premières.

Le wolfram est un matériau très dur et lourd, reconnu pour ses propriétés physiques : plus haut point de fusion et plus grande résistance à la traction de tous les métaux.

Utilisé pur, il sert à la fabrication des filaments d’ampoules, des tubes cathodiques, des électrodes. Sous forme d’alliage, il durcit les métaux, carbures de tungstène, métaux utilisés dans l’armement et l’industrie spatiale…

Dominant toute la région, le chevalement, haut de 27m, a été installé en septembre 1977. Il permettait de descendre les mineurs à 130m et la remonte du minerai.

Ce chevalement est le dernier de Bretagne, cette grande région minière où l’on exploitait de nombreux matériaux.

Poursuivre vers l’Est, passer devant la ferme du Haut Montbelleux pour atteindre un chemin que l’on prend sur la droite [point de vue vers Dompierre-du-Chemin] jusqu’au hameau suivant que l’on traverse pour descendre vers un beau chemin creux.

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Deuxième panneau

Les légendes

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Le merle de Noël

On raconte que l’un des 2 menhirs, situés sur la façade Sud-Ouest de Montbelleux, recouvrait un trésor considérable. Tous les ans, pendant la nuit de Noël, un merle venait soulever un instant cette pierre levée et découvrait le trésor. Mais malheur à l’imprudent que la cupidité pousserait à chercher à s’en saisir : il n’en aurait pas le temps, et périrait écrasé par l’énorme poids de la pierre qui s’abattrait sur sa tête.

Les nain hideux

En Bretagne et à Montbelleux notamment, à certaines époques de l’année, et par un beau clair de lune, des nains hideux, appelés cormandons, korrigans, poulpiquets, kérions, sortaient de leurs souterrains. Toute cette petite armée formait une ronde infernale autour des dolmens et des menhirs. Leurs petites voies criardes se faisaient entendre pendant le silence des nuits et faisaient fuir le voyageur qu’ils cherchaient à attirer en faisant sonner de l’or sur la pierre sacrée. Celui qui se laissait abuser était entrainé dans leur ronde jusqu’à épuisement.

Le Petit Mineur.

Le Petit Mineur est un personnage que tous les mineurs connaissent. Ce petit lutin, korrigan avait la réputation d’être bienveillant car il annonçait le danger aux hommes du fond. Il se mettait à crier lorsque la roche craquait et que s’annonçait un éboulement… « Attention les gars ! … c’est le P’tit Mineur…ça va péter ! » Et ils se sauvaient…

Aujourd’hui encore…

Et, dit-on, aujourd’hui encore, à Montbelleux, sortant des galeries de la mine et ayant perdu leurs pierres levées favorites ; Les nains organisent leur ronde infernale autour du chevalement. Il ne faut jamais se promener la nuit sur le Mont Belleux, surtout si vous entendez raisonner la ferraille dans le bois où si vous voyez des yeux lumineux dans les buissons.

Aujourd’hui, les pierres levées de Montbelleux ne sont plus que des fantômes, reste le chevalement mais demain, gare à celui qui abattra ce menhir métallique, le seul qui reste sur le sol de la Bretagne armoricaine !

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Poursuivre le chemin creux vers la Cochonnière. Descendre jusqu’à la route qui borde le ruisseau. Prendre cette route sur la gauche vers Parcé et, avant le pont qui franchit le ruisseau des Prés Maigres emprunter à droite le chemin qui remonte vers Montbelleux.

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Troisième panneau

Sur les grands chemins

Beaucoup de mineurs habitaient Parcé, commune la plus proche de la mine. Ils accédaient à la mine par ce chemin qui monte vers le sommet d el colline. On retrouve dans l’état-civil de Parcé les actes concernant d’anciens mineurs, décès, naissances…

Vous êtes également sur l’un des chemins montais empruntés depuis des siècles par les pèlerins de toute condition (miquelots) se rendant au Mont-Saint-Michel. Ce circuit, appelé la « voie des Plantagenets », est suivi par les pèlerins venant d’Anjou.

Les pèlerins partant du Mont se rendant à Saint-Jacques de Compostelle (jacquets) empruntent le même itinéraire.

Vous êtes ici à la limite de 3 communes : de l’autre côté de la route : Dompierre-du-Chemin ; à droite du sentier : Luitré ; à gauche du sentier : Parcé.

La concession de la mine s’étendait sur ces 3 communes ainsi que sur la Selle-en-Luitré.

Des recherches de wolframite ont été réalisées sur la commune de Parcé au lieu-dit Villeray. Deux puits de sondage ont été creusés ; l’un d’entre eux a été appelé le puits KERFORNE du nom même de l’universitaire qui a été le premier à faire des recherches à Montbelleux en 1903. Le sous-sol de Villeray contient aussi du wolfram. Il n’a cependant jamais été exploité.

Monter le chemin [point de vue à gauche sur les hauteurs de Parcé] pour atteindre le Haut Monbelleux et poursuivre jusqu’au pied du blockhaus construit par les allemands en prolongement des bureaux administratifs.

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Quatrième panneau

Pendant les guerres, l’exploitation du wolfram prend une grande importance

    La dureté et la densité de ce métal permettent des alliages très efficaces de métaux utilisés dans l’armement.

Entre 1916 et 1918 se situe la troisième période d’exploitation.

Trois puits sont utilisés, 200 personnes y travaillent :

-        au fond, 42 mobilisés et 90 prisonniers de guerre allemands.

-        en surface, 16 civils, 11 mobilisés, 28 femmes, 12 prisonniers d e guerre, 1 étranger.

Plus de 22 000 tonnes d’un minerai en faible teneur produisent 129 tonnes de wolfram.

Des prisonniers de guerre s’évadent, 2 en août 1917, 2 en octobre 1917. En 1918, la bisse de rendement des ouvriers. On doit reprendre en main les prisonniers de guerre et augmenter les salaires des mobilisés français qui sont syndiqués.

L’incendie de la laverie due à un sabotage stoppera toute l’exploitation.

Entre 1942 et 1944 : les allemands dirigent la quatrième période d’exploitation.

En août 1942, la mine est réquisitionnée. Un plan d’exploitation est mis en service par l’Organisation Todt sous la direction technique de l’entreprise Krupp.

L’exploitation de cette mine était d’une importance telle que le sujet a été discuté lors d’une conférence entre Hitler et Speer en août 1942.

Un chevalement en bois est édifié en 8 jours sur le puits Surcouf (10/09/1942). La salle des machines de ce puits est terminée rapidement et le puits remis en état. La mine est reliée au réseau à haute tension de Dompierre et de Fougères. Des blockhaus sont construits, le chevalement est camouflé sous forme de château d’eau.

Des baraquements pour les ouvriers sont construits. En octobre 1942, l’effectif est de 300 hommes environ dont 30 allemands. Il va osciller autour de 550.

En 1943, la résistance, dirigée par Jules Eugène Fontaine, fait sauter 3 pylônes de la ligne à haute tension de la mine de wolfram Fougères-Montbelleux.

Le 2 août 1944, sabotage et départ des allemands : ils font sauter le bâtiment du bureau, l station des compresseurs, une partie de l’atelier de la laverie, un transformateur et un moteur diésel.

Selon les chefs d’accusation de pillage lors du procès des dirigeants de Krupp, au Tribunal militaire US de Nuremberg, 50 à 60 tonnes de minerai de tungstène concentré a été expédié en Allemagne.

Continuer jusqu’au pied du chevalement.

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Cinquième panneau

Historique de la mine de Montbelleux et effectifs

1903-1983 : la concession de Montbelleux recouvre une partie des territoires des communes de Luitré et Parcé (superficie : 482 hectares).

1903-1906 : travaux de recherche du Puits Collet-Pintiaux aux Puits Surcouf. Les travaux de recherche occupent deux maîtres-mineurs et quatre-vingts ouvriers.

1907-1908 : première période d’exploitation du minerai (jusqu’à 204 ouvriers). A partir du 10/10/1908, les travaux sont interrompus en raison de la baisse des cours du wolfram. En 1908 la mine emploie deux cent quatre ouvriers dont cent dix-huit hommes au fond.

1910-1911 : deuxième période d’exploitation, la société en nom collectif Gruzard-Clolus et Courtois sous la direction de M. BAYLE. Une moyenne de 120 ouvriers a été occupée en 1911.

1916-1918 : Troisième période d’exploitation, desservis par trois puits. Le personnel comprend 42 mobilisés à l’étage 97 et aux traçages, 90, prisonniers de guerre aux étages 27 et 62, 10 prisonniers de guerre au jour.

07/04/1938 : Mutation de la concession à M. BRANDT.

1942-1944 : Quatrième période d’exploitation, un chevalement a été édifié sur le puits Surcouf (10/09/1942). En octobre 1942, l’effectif est de 300 hommes environ dont 30 allemands ; il va osciller autour de 550.

1951-1958 : Cinquième période d’exploitation, les travaux furent confiés à la société des Mines de Puy-les-Vignes (1948-1950). Effectif : 140 personnes dont 84 ouvriers au fond. En février 1975, licenciement de 47 ouvriers, 24 nouveaux débauchés en août 1957 sur un effectif de 56.

1977-1983 : Nouvelle exploitation.

1976 : sondages à partir de la surface pour reconnaître l’aval des granulites.

De 1977 à 1980 : nouvelle phase d’exploration (dénoyage et remise en état de l’ancienne mine, infrastructures-bâtiment etc…nombreux sondages).

De 1980 à 1983 : une descenderie est réalisée et dessert les niveaux 60, 95 et 130 mètres. Une laverie de capacité 40t/heure est construite 23 Février 1983. En novembre 1982 : 58 salariés ; direction-administration : 5 personnes ; personnel au fond : 30 mineurs et conducteurs d’engins) ; au jour : 23 (laverie et divers).

Arrêt de l’exploitation définitive 2006 – la Société des Mines de Montbelleux engage la procédure d’arrêt des travaux miniers.

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Sixième panneau

Les minéraux de Montbelleux

 Les minéraux sont disséminés dans le quartz blanc, dans la roche de schiste ou dans le granite.

-        TOPAZE : en grandes plages verdâtres

-        CASSITERITE souvent en gros cristaux, pluricentimétriques, roses à rose brunâtre ou brun-rouge à brun-noir, soit en plages indépendantes, soit associés à la wolframite, la molybdénite, le mispickel, la pyrite…parfois en inclusions dans la wolframite.

-        WOLFRAMITE en grandes plages monocristallines, souvent pluricentimétriques, localement remplaces par un peu de scheelite.

-        HUBNERITE (bien caractérisée par ses abondantes réflexions internes rouges), en cristaux aciculaires inclus dans la fluorine tardive ou associée à un peu de FERBERITE.

-        MOLYBDENITE en agrégats lamellaires dans le quartz.

-        MISPICKEL, PYRRHOTINE, BLENDE NOIRE, PYRITE, CHALCOPYRITE, STANNITE, FLUORINE.

-        Traces de BISMUTH NATIF, BISMUTHINITE, COSALITE, FREIBERGITE, GALENE, MACKINAWITE.

Le potentiel métal du gisement de Montbelleux est estimé à environ 2,8 MT de minerai.

Les filons wolframifères ont une teneur variant de 0,05% à 0,25%.

Au total, la production effective est restée très faible :

-        300 tonnes de concentrés marchands de wolframite en 1907/1957.

-        60 tonnes d’étain + wolfram en 1977/1983.

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Reprendre le véhicule pour redescendre jusqu’au lieu-dit les Loges.

Huitième Panneau : panneau des Loges

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Le circuit découverte du site de Montbelleux.

Des panneaux jalonnent le circuit pédestre qui permet de faire le tour de l’ancienne mine d’extraction de wolfram appelé également « tungstène ».

En 4,5 km vous découvrirez les abords du carreau de mine, le dernier chevalement de Bretagne (une des 2 régions minières de France) et le remarquable panorama qui surplombe le Pays de Fougères.

Départ au pied du chevalement.

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Nota : Lors de votre promenade vous constaterez peut-être que certains panneaux sont susceptibles de ne plus être en place ou même d’avoir disparu….veuillez en excuser ceux qui ont réalisé le circuit.

 Jean Plaine

[circuit parcouru le 31 Octobre 2016]

Textes empruntés aux panneaux réalisés par la 3M

 

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