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Ploumanac'h (22)

8- Joyau géologique du Trégor,

le magmatisme composite du complexe granitique de Ploumanac'h

par Jean Plaine

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Parmi tous les paysages granitiques qui contribuent largement à asseoir l'image touristique de la Bretagne, ceux du granite de Ploumanac'h sont certainement les plus connus, les plus réputés, au point d'avoir donné leur nom à cette partie du littoral français, la Côte de Granit(e) rose (Aod ar Vein Ruz).

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Niché tout au nord de la Bretagne, dans le coin nord-ouest du Trégor, entre Trébeurden et Perros-Guirec, le massif granitique de Ploumanac'h, s'il constitue l'un des plus beaux sites naturels de France est aussi l'un des ensembles géologiques nationaux des plus remarquables.

Modeste dans ses dimensions (12x8 km) et donc dans la surface qu'il occupe par rapport à bien d'autres granites armoricains, il est par contre accessible dans toutes ses composantes grâce à l'extrême découpage du rivage, à l'importance des estrans découvrant quotidiennement et au grand nombre d'îlots proches de la côte.

Sur le plan des informations géologiques, il concentre et expose de façon remarquable une variété de faciès lithologiques à la palette de couleurs exceptionnelle, de nombreuses structures magmatiques, qu'elles soient internes au massif ou liées à son encaissant, de spectaculaires figures et reliefs d'érosion.

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Il a été l'objet de nombreuses extractions littorales, aujourd'hui heureusement délaissées, mais est encore activement exploité dans les terres, dans un ensemble de carrières situées au village de La Clarté en Perros-Guirec.
 

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Fig.1 - Les"granites rouges" carbonifères

Sur le plan régional, le complexe plutonique de Ploumanac'h est l'un des éléments de l'ensemble des " granites rouges " qui s'échelonnent sur un axe WSW-ENE, de l'ouest Finistère jusqu'au nord Cotentin (la traînée moniliforme -en grains de chapelet-, selon l'expression imagée de Charles Barrois).
Il est en position intermédiaire entre les granites finistériens d'Ouessant, de l'Aber-Ildut, de la baie de Morlaix et les granites manchois de Flamanville et de Fermanville-Barfleur (fig.1).

Il est constitué de granites tardi-hercyniens, pour la plupart alcalins, anorogéniques ou tardiorogéniques, c'est-à-dire sans liaison avec le fonctionnement d'une zone de subduction et sans relation directe avec un mécanisme de collision continentale.
Leur âge radiométrique indique une mise en place à la fin du Paléozoïque, il y a environ 300 millions d'années (Carbonifère supérieur) (303 ± 15 Ma, Vidal, 1980).

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Cet ensemble " jeune " dans l'histoire géologique du Massif armoricain, recoupe le " socle ancien " du Trégor (gneiss icartien de Trébeurden à 2 milliards d'années et granite cadomien de Perros-Guirec à 615 millions d'années) ainsi qu'une formation gréso-pélitique non datée, la Formation de l'Île Milliau.

Il est intéressant de remarquer que par un curieux hasard géologique l'un des plus jeunes granites armoricains est ici intrusif dans les témoins les plus anciens de l'histoire géologique de la région.

Le dispositif cartographique et les ensembles lithologiques
La cartographie précise du complexe de Ploumanac'h, livrée en 1976 par Michel Barrière,
montre une remarquable disposition des différents ensembles lithologiques en auréoles
concentriques (fig. 2).

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Fig.2 - Carte géologique du complexe granitique de Ploumanac'h (d'après Barrière, 1977)

Constituées de l'intrusion successive de trois corps magmatiques elles réalisent ce que l'on nomme un "complexe centré", à l'image de ceux qui existent dans quelques régions du monde.

L'auréole la plus externe, au contact des roches plus anciennes, est occupée par les fameux granites roses dont le faciès le plus classique, rouge vif, à grain plurimillimétrique, est qualifié de type la Clarté, tandis qu'un faciès plus sombre, largement porphyroïde, constitue le type Traouiéros. Ces deux types sont logiquement dits " granites à gros grains externes ".
Ils s'étendent de Pors Rolland à l'est de Ploumanac'h jusqu'à l'ïle Milliau en Trébeurden.

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granite type la Clarté | granite type Traouiéros | gabbro de Sainte-Anne

Ils sont en outre accompagnés de grands volumes de roches basiques connues sous le nom de gabbros de l'anse Sainte-Anne.

L'auréole suivante est plus hétérogène, constituée de granites au grain plus fin, parfois légèrement porphyroïdes, aux couleurs plus variées (gris à rose), qui portent les noms de types Canton (ou Agathon), Woas Wen et Saint-Samson (faciès saccharoïde) et qui sont dits " granites à grain moyen intermédiaires ".
Elle se glisse contre la première, de la plage de Toul Bihan en Trégastel jusqu'à la plage de Goas Trez en Trébeurden.

Le cœur du massif expose des granites à grain fin, de couleur claire (gris, blanc, bleutés), connus sous le nom de granites gris de l'Île-Grande.
On y distingue au centre un granite interne assez semblable au granite intermédiaire de type Canton et vers l'extérieur un granite externe très clair, riche en muscovite : c'est le leucogranite de l'Île-Grande.

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granite type Canton | granite type Ile Grande | granite type Ile Grande (détail)

Nota: Les appellations des formations, classiques en géologie régionale, diffèrent parfois légèrement des noms géographiques actuellement utilisés sur les cartes topographiques.

De nombreux sites côtiers montrent les relations entre ces divers types pétrographiques granitiques ainsi qu'entre magma acide et magma basique. Ils permettent d'une part d'établir une chronologie de mise en place des intrusions, d'autre part d'approcher les mécanismes de leur formation.

Les principaux sites à découvrir: proposition d'itinéraire

Même si le complexe granitique de Ploumanac'h n'occupe pas une grande surface, et même si les distances à parcourir ne sont pas considérables, il est nécessaire de prévoir au minimum 3 journées pour effectuer dans de bonnes conditions l'itinéraire qui est proposé d'autant qu'il convient souvent de tenir compte des horaires et des coefficients de marées.

       

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Fig.3 - Carte d'emplacement des sites proposés à la visite

* Le premier contact avec le complexe granitique de Ploumanac'h (en réalité Poul Manac'h, la mare au moine) est pris au point le plus septentrional de la côte, parmi les rochers de l'Île Renote (Enez Renod) au nord de Trégastel-Plage.
* Depuis la zone de stationnement de la Grève de Toul Drez prendre le sentier littoral qui part au sud de l'Ile Renote pour en faire le tour.
Les chaos de granite rose de l'Île Renote (sites 1 - 2 - 3)

Au nord de Trégastel-Plage, près de l'Aquarium, l'Île Renote, en réalité presqu'île rattachée au continent par un mince pédoncule sablo-rocheux sur lequel sont installées les zones de stationnement, expose le granite dans sa nature, son architecture et ses figures d'érosion.

Elle est découpée à la fois dans le granite rose à gros grain, type la Clarté, et dans un faciès de transition au type Traouiéros.

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La roche est isotrope, aucune orientation préférentielle n'étant réellement visible. Sa texture est grenue à grenue porphyroïde, la taille moyenne des minéraux allant de quelques millimètres au centimètre.
Elle est constituée de deux feldspaths, un feldspath alcalin rose qui est du microcline, et un feldspath blanc qui est du plagioclase (albite-oligoclase).

Le quartz y est normalement gris translucide. De rares micas noirs (biotite) et de la hornblende complètent la minéralogie.
Dans la classification des granites, le granite de la Clarté s'inscrit dans le champ des syéno et monzogranites.
La couleur rose de ce granite est due en grande partie à la présence d'oxyde de fer (hématite) dans le réseau cristallin du feldspath alcalin.

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La partie orientale de l'île (sites 1 et 2) offre de beaux affleurements de ce granite en place, fortement découpé en pied de falaise par de grandes diaclases horizontales et obliques qui permettent de comprendre le mode de formation des blocs qui, dégagés par l'érosion et peu à peu modelés en formes pittoresques, construisent les chaos dont on voit l'expression dans la lande proche et sur l'estran.
Dans une petite anse, un peu au delà des habitations et à proximité de l'allée couverte (site 1), plusieurs rochers montrent à leur base des enclaves métriques sombres, litées, ce qui traduit une origine sédimentaire évidente.
Il s'agit de blocs arrachés à l'encaissant lorsque le granite s'est mis en place. De telles enclaves, mais de moindre importance, sont visibles sur quelques blocs un peu au sud.
Ces paquets de roches, étrangers au granite, sont appelés xénolithes.

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Aucun élément ne permet de les dater. Dans l'environnement immédiat du complexe granitique de Ploumanac'h on ne connaît pas de formation sédimentaire susceptible d'être leur source. Elles sont parfois rapprochées, mais sans argument convaincant, des roches paléozoïques (Dévonien ?) du bassin de Morlaix.

Les rochers de granite rose, parfois fortement polis par la mer et par le temps, sont environnés d'un sable très grossier, issu directement de la roche. Ce sable de plage, stade actuel de l'altération du granite, est une véritable arène qui porte localement le nom de perré.

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granite et perré   

Le nord-est de l'Île Renote (site 3), entre Castel Menguy et le Gouffre, offre par temps favorable, au delà de spectaculaires amoncellements de blocs énormes accumulés en chaos, de splendides vues sur les Sept Iles (ar Jentilez). Il est possible de voir dans les rochers quelques petits filons de quartz blanc et quelques filons d'aplite, variété de granite à grain très fin injecté dans les fissures du magma en fin de refroidissement.

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Le sommet de ces rochers est parfois modelé de vasques et de cuvettes, dont la formation résulte de la stagnation pratiquement permanente de l'eau de pluie plus ou moins enrichie du sel projeté par les embruns. Ces cuvettes, appelées " bidets de la Vierge " ou encore " empreintes du Diable " sont souvent ouvertes sur des rigoles créées par le débordement de l'eau qui, en s'écoulant, creuse des cannelures à la surface arrondie des blocs.
Le creusement de ces cavités est rapide à l'échelle géologique, parvenant même à percer totalement le granite et laissant voir le ciel ou la mer à travers la roche.
A l'appui de ces observations, les rochers du centre de l'île, près des habitations, montrent également une morphologie caractéristique, étant sculptés par de nombreuses et spectaculaires rigoles.

* Rejoindre le parking de Toul Drez pour partir à pied vers l'ouest en direction de la pointe de Beg ar Vir et du Rocher du Dé dont la silhouette émerge des rochers sur l'horizon.

Les rochers du Dé et de Coz Pors (sites 4 et 5)

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Accessible à marée basse, ce bloc de granite à la forme presque parfaitement cubique vu depuis la côte et qui lui vaut son nom de "Dé", semble avoir été déposé là par quelque géant de passage, tant son équilibre paraît instable (site 4).
"Rescapé de l'érosion", il figure en bonne place parmi les rochers spectaculaires qui parsèment tout le littoral de la Côte de Granit(e) rose.
On remarquera les cavités d'affouillement dues au vent et aux embruns qui sculptent sa base.
A proximité, deux blocs rocheux jumeaux sont connus sous le nom de "Tas de crêpes".
* Depuis le Dé il est possible à marée basse de rejoindre au sud la plage de Ker ar Vir puis celle de Coz Pors.

La petite plage de Ker ar Vir, adossée à la cale de Coz Pors, offre sur sa face orientale de curieux rochers un peu froissés, découpés par de nombreuses diaclases horizontales peu espacées, comme si le granite était formé de "couches" empilées les unes sur les autres.

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Ce type de morphologie est fréquente dans le granite type la Clarté, notamment entre le Dé et l'Île aux Lapins au nord de la Grève Blanche (cf. site 7).
Ici le granite rose est très riche en amas sombres qui correspondent à des bouffées de minéraux ferro-magnésiens (cf. site 16).

Un peu plus loin, au delà de la cale, apparaissent les énormes rochers de la plage de Coz Pors (le Vieux Port) qui paraissent comme échoués sur le sable. Leur sommet poli et arrondi les fait parfois désigner sous le nom de "Rochers aux tortues".

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Avec un peu d'imagination et des cocotiers en plus, les nombreux visiteurs de ce célèbre site pourraient se croire aux Seychelles.

* Par le sentier littoral revenir à la zone de stationnement de la Grève de Toul Drez et partir vers Trégastel-Plage.
* A peu de distance de l'Ile Renote, en revenant vers Trégastel, la route rejoint le fond de la baie de Sainte-Anne.

Les roches basiques de l'Anse Sainte-Anne (site 6)

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La descente depuis le remblai vers l'estran permet d'atteindre les affleurements rocheux dont la couleur sombre tranche nettement avec celle du granite rose tout proche.

Il s'agit de roches basiques à grain fin, à composition de gabbro-norite à deux pyroxènes, plus ou moins découpées en boules dont quelques unes évoquent le débit en pillow-lavas de certains basaltes. Avec un peu d'attention, il est même possible d'y reconnaître les reflets dorés de l'orthopyroxène (bronzite).
Ces roches basiques occupent une surface plus importante que ces simples rochers, se prolongeant à l'ouest dans des affleurements situés dans les propriétés voisines de la route, au sud dans les affleurements du fond de l'anse et surtout dans les terres en direction du bourg de Trégastel (Poul Fich, Toul al Lann).
Par ailleurs, les données gravimétriques montrent que l'association du magma acide et du magma basique occupe en profondeur un volume important.

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Les relations de ce magma basique avec le granite sont visibles en progressant sur la grève de quelques mètres vers le nord.

Le granite rose à gros grain montre ici une texture grenue porphyroïde, les cristaux de feldspath potassique atteignant plusieurs centimètres de long.
A sa bordure, il renferme de nombreuses enclaves du gabbro dont les contours sont lobés, onduleux.
Ces figures sont significatives de l'immiscibilité des deux magmas, acide et basique, en indiquant que lors de leur mise en place ceux-ci avaient une viscosité proche et étaient dans un état magmatique similaire.
Cette observation est en outre confirmée par l'existence, au sein des enclaves basiques, de cristaux isolés de feldspath potassique rose (xénocristaux) tout à fait identiques à ceux du granite.
Ils ont été mécaniquement injectés dans le magma basique.
Le chimisme global de la roche est celui d'une granodiorite, roche hybride entre gabbro et granite.

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Les cristaux automorphes de feldspath potassique sont fréquemment arrondis, bordés d'une fine couronne de plagioclase (oligoclase) blanc laiteux. Cette texture porte le nom de rapakivi, mot d'origine finlandaise signifiant " granite pourri ".

Elle est issue d'une réaction entre le magma basique et le cristal de feldspath, celui-ci, instable, ayant continué à croître en changeant de composition pour passer de celle d'un feldspath potassique à celle d'un feldspath calco-alcalin.

A quelque distance du granite, le nombre de cristaux de feldspath injectés devenant insignifiant, la roche offre toutes les caractéristiques d'un véritable gabbro. Bien que de grain très fin, elle renferme cependant des structures millimétriques à centimétriques à cœur de quartz, associé, ou non à du feldspath, entouré d'une mince couronne de minéraux sombres, souvent un pyroxène.

Appelées ocelles, elles correspondent à des gouttes de liquide magmatique acide (quartz ± feldspath) injectées dans le magma basique (pyroxène + olivine) et non miscibles avec ce dernier. Les gouttes n'y sont pas stables, le liquide acide réagit et se blinde d'une auréole de pyroxène.

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Là encore est prouvée la contemporanéité de mise en place des deux magmas.

Leur présence simultanée ainsi que leur types de relation permet d'estimer la température de mise en place de ces magmas entre 800 et 900°C.

La coexistence d'un magma basique et d'un magma acide démontre clairement l'origine mantellique du granite rose externe.

Pour les carriers, le gabbro était un " granit gris foncé ". On le voit dans l'appareillage de nombreux murs et murets de Trégastel et même au-delà. Bien que pratiquement impossible à tailler, cette roche a néanmoins été utilisée pour réaliser une partie d'un monument et pour des entourages de tombes (exploitation des boules à la surface du sol).

Le muret qui borde les propriétés offre l'occasion d'observer des blocs d'aplite rose, l'aplite de Trégastel, dont une bonne partie a été autrefois extraite de la carrière communale de la ville. La mise en place de cette roche, sous forme de lame intrusive dans les roches basiques et dans le granite à gros grains, est contemporaine d'un stade terminal de la mise en place des granites intermédiaires.

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aplite de Trégastel

* Revenir vers Trégastel-Plage et obliquer à droite vers Trébeurden (D 788). Passer devant l'église environnée de blocs de granite rose et monter la côte; au giratoire (Hôtel de la Corniche) prendre en face la rue en direction de la Grève Blanche. Descendre jusqu'à un vaste terre-plein.
Accéder à la plage par l'école de voile et rejoindre les rochers.

Les enclaves et les filons de la Grève Blanche (site 7)

Les rochers qui limitent à l'ouest l'étendue sableuse de la Grève Blanche et qui s'étendent jusqu'à l'Île aux Lapins sont façonnés dans le granite externe à gros grains.

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Les phénocristaux pluricentimétriques de feldspath potassique rose sont statistiquement disposés parallèlement les uns aux autres dessinant une structure de flux magmatique grossièrement orientée est-ouest, acquise lors de la mise en place du pluton.
De nombreuses enclaves d'une roche noire à grain fin, basique, parfois regroupées en véritables essaims, sont réparties au sein de ce granite.
Elles proviennent de la dilacération de masses basiques semblables à celles de l'anse Sainte-Anne et sont accompagnées de filons de même origine qui semblent se perdre dans le magma granitique.

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Certaines, plus résistantes, ont été mises en relief par l'érosion et sont facilement repérables sur la surface polie des rochers exposés aux vagues. Elles ont quelques décimètres de longueur, une forme arrondie ou oblongue, la majorité d'entre elles étant orientée dans la fluidalité du granite.
Elles contiennent souvent de nombreux cristaux roses de feldspath potassique, certains à texture rapakivi, qui, comme dans le cas du gabbro de l'anse Sainte-Anne, ont été mécaniquement introduits dans le magma basique non encore refroidi, la composition chimique de ce dernier ne permettant pas la cristallisation du feldspath potassique.
Là encore, tous les éléments géologiques indiquent qu'il y a eu mise en présence de deux magmas à la viscosité voisine, un basique (les enclaves sombres), un acide (le granite rose), le mélange n'étant pas totalement réalisé.

* Depuis la Grève Blanche aller à pied vers les rochers qui limitent au sud la Grève Rose.

Les enclaves sédimentaires de la Grève Rose (sites 8 et 9)

Au sud, à quelques encablures de la Grève Blanche, les rochers littoraux de la Grève Rose montrent la même dualité granite porphyroïde - enclaves basiques.

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Le granite (site 8) contient une grande enclave plurimétrique de roche sédimentaire litée, la plus volumineuse rencontrée dans le massif de Ploumanac'h, d'aspect assez semblable à celle observée à l'Île Renote, ainsi que quelques autres de plus petite taille.
La stratification y est soulignée par l'alternance plurimillimétrique à centimétrique de niveaux sombres greywackeux et de niveaux clairs arkosiques, riches en feldspath. Elle est légèrement déformée, plissée.

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De petites taches noires de cordiérite ainsi que quelques petits cristaux de grenat traduisent le métamorphisme de contact lié à la mise en place du granite.
Les structures sédimentaires sont néanmoins conservées telles de petites structures linéaires blanches perpendiculaires à la stratification qui sont interprétées, avec quelques réserves, comme des tubes correspondant à des terriers de vers marins (bioturbation).
En poursuivant dans les rochers vers la plage de Toul Bihan, on rencontre un puissant filon d'aplite de couleur rose clair, large de près d'un mètre, issu du granite intermédiaire.

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Il recoupe à l'emporte-pièce le granite rose dans lequel il peut même découper des enclaves anguleuses de petite dimension, signifiant par là qu'il a pénétré dans un matériau totalement cristallisé et refroidi quand le granite à grain fin et son cortège filonien se sont mis en place.
D'autres enclaves sédimentaires sont visibles dans les rochers lorsque l'on poursuit le trajet vers l'est.
Au delà de la petite plage (Grève des Curés) on retrouve (site 9) dans de volumineux rochers de granite rose le filon aplitique à la couleur blanche éclatante, tandis qu'au pied de la falaise apparaissent de nombreuses enclaves de cornéennes litées plus ou moins plissées et riches en "taches de métamorphisme" mises en évidence par l'altération.

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Il est possible de monter au sommet de ces rochers par le sentier du littoral pour avoir une vue superbe sur la Grève Rose et les nombreux îlots qui parsèment la côte.

* Rejoindre la zone de stationnement par la rue des Trois Grèves (Hent an Teir Aod).

* Revenir sur la D 788 et, au giratoire, aller à droite vers Trébeurden. Après un peu plus de 2 km prendre à droite la direction de Landrellec et poursuivre jusqu'au lieu de stationnement des Dunes de Landrellec (fléchage Site naturel protégé).
* Prendre le sentier littoral qui part au nord.

Les carrières de granite de Landrellec et de l'Île Jaouen (site 10)
A quelque distance de la zone de stationnement, de nombreux débris de taille et de grandes quantités de blocs mis au rebut sont les vestiges d'une importante exploitation du granite clair de type Canton.
Le granite, au grain millimétrique à plurimillimétrique y est de couleur rose à gris-rose. Il est constitué de quartz, microcline, plagioclase et biotite (monzogranite).Il est relativement homogène montrant cependant des enclaves sombres de minéraux ferro-magnésiens. Il est recoupé de petits filons aplitiques plus clairs.

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A cet endroit la falaise est très largement excavée témoignant de l'activité extractive qui a régné en ces lieux à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle. De nombreux blocs en place, parfaitement fendus ou partiellement débités, portent l'empreinte des méthodes utilisées par les ouvriers pour obtenir des éléments de bonne qualité (pierres de taille essentiellement).
Les alignements de trous pour l'emplacement des coins de bois et de fer et ceux réalisés par la chante-perce (sorte de barre à mine) y sont en effet nombreux.
Un peu plus loin, à quelques enjambées du continent, l'île Jaouen porte également la marque d'anciens travaux gardant la trace d'excavations réputées pour avoir alimenté en granite type Canton la construction du viaduc de Morlaix entre 1861 et 1863.

* Revenir sur la D 788 et prendre à droite vers Trébeurden. Dépasser l'allée couverte de Keryvon.
* A Penvern laisser à gauche la route de Pleumeur-Bodou et prendre peu après à droite la direction de l'Île Grande (Enez Veur). Traverser le bourg pour rejoindre la Station ornithologique (fléchage).

* À partir de l'aire de stationnement, rejoindre le bâtiment qui abrite la station ornithologique de la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) puis prendre à gauche le sentier qui part au sud-ouest. Longer le rivage pour se diriger vers les bâtiments en ruine de la pointe de Toul ar Staon, langue de rochers et de galets qui prolonge à l'ouest l'Île Grande.

Les granites gris et bleus de l'Île Grande (pointes de Toul ar Staon et de Castel Erek, Runn al Lannou) (sites 11 - 12 - 13)

Au sud de cette pointe rocheuse, on ne voit que galets et débris de carrières. Par contre, à l'ouest, face à l'Île Agathon (ou Ile Canton) et au nord face à la haute mer, le rivage est très fortement entaillé de nombreuses excavations qui témoignent de l'intense exploitation du granite, du début du 20ème siècle à la fin des années 1940.

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Ces zones d'extraction apparaissent particulièrement spectaculaires à marée basse.
Elles entament, sur une dizaine de mètres de hauteur, un granite gris-blanc à grain relativement fin, particulièrement riche en muscovite qui voisine ici avec la biotite.

Ce granite clair à deux micas, que l'on peut qualifier de leucogranite, correspond au granite externe de l'Île Grande. Il est relativement homogène, ne montrant pas d'enclaves des granites précédents.

Sa composition minéralogique est la suivante : quartz, microcline, plagioclase (albite à oligoclase), biotite, muscovite, cordiérite. Ces deux derniers minéraux attestent du caractère hyperalumineux de la roche et de son origine crustale. Apatite, zircon et tourmaline complètent la minéralogie.

En revenant vers la station ornithologique on observe, face à la baie de Toul Enez, la profonde altération du granite qui est décomposé en arène, les nombreuses figures d'érosion qui soulignent les diaclases horizontales faiblement espacées, ainsi que l'affouillement en sommet de falaise.

À l'approche d'une petite anse, sans que cela soit particulièrement net, le granite est différent. Il ne renferme plus de muscovite, offre une érosion en pelures d'oignon autour de boules encore relativement saines.
Nous sommes dans un faciès assez proche de celui des granites intermédiaires observés à Toénot (granite de type Canton), appelé faciès interne de l'Île Grande puisqu'il occupe l'essentiel de l'île.

En poursuivant vers le bâtiment de la LPO, on longe l'imposant cordon de galets blancs et de grande taille qui ourlent l'anse. Ces blocs, très arrondis et polis, ont été façonnés au fil des années, des marées et des tempêtes à partir des rebuts d'exploitation. De telles accumulations de galets, à proximité d'anciens sites d'extraction, se retrouvent au nord de l'île.

Après quelques centaines de mètres, on parvient à une vaste excavation ennoyée, isolée du large par un mur épais.
Cette grande carrière de Castel Erek (Kastell Hereg) entame le granite interne de l'Île Grande. Elle a fonctionné de la fin du 19ème siècle jusqu'en 1979.

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Le granite, dont on trouve des éléments frais en haut de falaise juste au nord de cette carrière, est un granite gris-bleuté à biotite uniquement, assez proche du granite intermédiaire tel qu'il est visible à Toénot.
La zone d'extraction s'étend sur plusieurs centaines de mètres jusqu'à la pointe Castel Erek où l'on retrouve le granite blanc à deux micas, là encore très riche en muscovite dont les paillettes brillent fortement au soleil, et en mouches de cordiérite altérée.
La présence de diaclases horizontales assez régulièrement espacées a facilité l'exploitation en gradins.

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Le contact entre les deux granites de l'Ile Grande se lit à marée basse sur le platier rocheux en contre-bas du mur de la carrière de Castel Erek. Vertical, il est sinueux, lobé, ce qui montre que le granite externe recoupe l'autre et ce qui dénote un milieu encore chaud et plastique.
À l'échelle du massif, le granite externe de l'Île Grande forme un anneau de quelques centaines de mètres de largeur au sein des granites de type Canton.
Dans l'architecture générale du massif, et compte-tenu de sa structure, il apparaît comme une lame à l'allure de coupole injectée en fin de mise en place du massif.

Depuis la pointe de Castel Erek, pour peu que l'on dispose d'un peu de temps, il est possible de poursuivre le sentier littoral vers l'est.

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A proximité de la baie de Pors Guen le sentier longe une zone boisée au cœur de laquelle se trouve le "Grand Trou" d'où était extrait le granite bleu de l'Ile Grande. Dépassant la plage de Pors Guen, on trouve la carrière Brinterc'h (site 13) excavation recouverte à chaque marée, également productrice de granite bleu.

Au large se dresse le récif du Corbeau (Enez Vran), là encore relief de leucogranite de l'Ile Grande, très amaigri par les prélèvements.
A droite, au dessus de la lande, des rochers constituent Runn al Lannou, le point culminant de l'île (35m), qui lui aussi a été partiellement exploité.

Toutes ces exploitations du district de l'Ile-Grande sont réputées pour avoir fourni outre des matériaux de construction, essentiellement des matériaux de voirie: bordures de trottoir et surtout une quantité impressionnante de pavés parmi lesquels les fameux "pavés du Nord".
* Revenir sur la D 788 et prendre à droite, toujours vers Trébeurden. Poursuivre sur 1250 mètres et juste après un virage, prendre à droite la petite route qui mène à Toénot.
Les trois granites de la presqu'île de Toénot (site 14)
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Fig.4- Carte géologique de Toénot

Le parcours dans les rochers sur le flanc sud de la presqu'île de Toénot débute dans le granite externe à gros grain.Très rapidement, on atteint la zone de contact avec un granite isotrope, à grain fin, de couleur grisâtre à légèrement rosée; il s'agit du granite intermédiaire type Canton. Ce faciès correspond à un monzogranite constitué de microcline, plagioclase, quartz, biotite. Par rapport au granite type la Clarté, en dehors d'une différence de couleur, il est moins riche en quartz mais plus riche en plagioclase. Le contact est net, tranché. Les relations entre ces deux granites deviennent évidentes un peu plus loin. En effet, le granite à grain fin contient des enclaves du granite à gros grain type La Clarté, lui-même contenant des enclaves basiques, ce qui signifie sans ambiguïté l'antériorité de mise en place de ce dernier. Ces enclaves sont anguleuses et leur contour est rectiligne.

Ceci veut dire que le granite à gros grain était totalement refroidi et solidifié lorsque le granite à grain fin s'est mis en place, en force, sous pression.
Ainsi se trouve réalisée, à l'échelle de plusieurs dizaines de mètres, une " mégabrèche magmatique ".

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Le contournement de la presqu'île par l'est permet d'observer un nouveau contact entre granites, mais cette fois ci entre le granite intermédiaire et un granite gris clair, le leucogranite de l'Île-Grande qui, lui, ne contient pas d'enclaves. Une ancienne petite exploitation littorale au nord-est de la presqu'île permet de bonnes observations.

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Des amas pluricentimétriques sombres correspondent à de la cordiérite totalement pinitisée (mélange de micas, de chlorite et de quartz).
Quelques filons peu épais de kersantite, roche magmatique sombre, microgrenue, riche en mica noir, sont reconnus, uniquement dans les enclaves de granite à gros grain (façade ouest de la presqu'île). Ils sont donc postérieurs à celui-ci et antérieurs à la mise en place du granite intermédiaire.

La presqu'île de Toénot expose donc, sur un espace relativement réduit, les trois groupes de granites constitutifs du massif de Ploumanac'h ainsi que leurs relations géométriques, permettant d'établir une chronologie relative de mise en place.

A noter qu'à proximité de Toénot, en bordure de la D. 788 et derrière l'Auberge de Jeunesse de Trébeurden, l'ancienne carrière de Kerléo est la localité classique pour l'observation de la "mégabrèche magmatique" (cf. description dans le Guide géologique de la Bretagne, 1996, p.49).

* A partir de Toénot rejoindre au sud Trébeurden puis descendre vers le port de Trozoul et aller jusqu'à la zone de stationnement de l'Ile Milliau.
A pied contourner par le sud les rochers du Castel et traverser la zone submersible pour rejoindre l'Ile Milliau.
Attention! Tenir compte des horaires et des coefficients de marée.
Ne pas monter sur l'île mais partir sur la gauche dans les rochers pour rejoindre la falaise qui borde l'île au sud.

Les cornéennes alumineuses de l'Ile Milliau (Enez Vilio) et leur contact avec le granite (site 15)
Le granite rose à gros grain, type la Clarté, qui forme l'essentiel de l'île, est en contact avec une série sédimentaire qui constitue tout l'estran rocheux du sud de l'île.


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  Fig.5 - Carte géologique de l'Ile Milliau (d'après Barrière, 1976)

Le contraste chromatique entre le granite clair et les roches sédimentaires très sombres permet aisément de suivre ce contact vers l'Ouest, tout au long de la falaise.
Sa géométrie est très particulière; il est subhorizontal, le pied de falaise étant occupé par les roches sédimentaires à stratification subverticale orientée nord-sud, tandis qu'au dessus le granite montre des différentions pegmatitiques et aplitiques disposées en bandes parallèles au contact.
Le granite montre une foliation magmatique subhorizontale soulignée par l'orientation des cristaux de feldspath.
La série sédimentaire, connue sous le nom de Formation de l'Île Milliau, est constituée d'alternances millimétriques à centimétriques de lits greywackeux sombres et de lits arkosiques clairs qui dessinent un rubanement caractéristique. La stratification, verticale, est simplement rompue par quelques plis d'axe nord-sud.
Du fait de la proximité du granite, les roches sédimentaires sont transformées par métamorphisme de contact en cornéennes alumineuses, les structures de dépôt étant cependant fort bien conservées.
Les niveaux au chimisme initial alumineux montrent des taches qui correspondent à de l'andalousite, les niveaux plus ferro-magnésiens montrent des taches qui correspondent à de la cordiérite et de l'andalousite.
Au contact immédiat avec le granite apparaît la sillimanite.

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Le caractère intrusif du granite s'exprime également sous forme de filons larges de quelques dizaines de centimètres à texture aplitique ou pegmatitique injectés dans des fractures parallèles aux plans de stratification de l'encaissant, donc globalement orientés nord-sud, sauf quelques cas où ces filons présentent une direction nord-ouest - sud-est.
Il s'exprime encore dans la présence, sur la bordure du massif, d'enclaves de cornéennes arrachées à l'encaissant formant autant de corps étrangers ("xénolithes") dans le magma
granitique.
Ces enclaves décimétriques à pluridécimétriques sont anguleuses, leur forme indiquant un fort contraste de viscosité entre elles et le granite, celui-ci s'étant mis en place dans un matériel solide et beaucoup plus froid.

Les blocs de roches sédimentaires vont ainsi "tomber" dans la chambre magmatique. Ce phénomène a pour nom "magmatic stopping".
Certaines de ces enclaves, particulièrement spectaculaires, permettent de voir comment le magma granitique s'est mis en force dans l'encaissant, en s'injectant entre les lits sédimentaires, les écartant jusqu'à les dissocier.

Les paragenèses développées dans le thermométamorphisme autorisent une estimation de la profondeur maximale de mise en place de l'intrusion granitique autour de 8 kilomètres.

L'âge de la Formation de l'Île Milliau, que l'on observe également à marée basse au pied du Castel, n'est pas connu. Il pourrait être dévonien, comme cela est souvent évoqué, mais tout aussi bien beaucoup plus ancien. Un âge briovérien a même été proposé par Barrois (1909).

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* Depuis Trébeurden reprendre la D 788 vers Trégastel-Plage. Dépasser la localité en direction de Perros-Guirec, toujours par la D 788. Après environ 1500 mètres et après un rond-point, laisser sur la droite la route qui mène à Trégastel-bourg pour prendre la première rue à gauche (Hent Touroni) qui file jusqu'à la plage de Tourony.

Les traînées sombres de Tourony (Site 16)

Depuis la zone de stationnement, pour peu que le soleil soit de la partie, le spectacle est magnifique. Sable blanc de la plage, granite rose des rochers, émeraude du chenal d'accès au port de Ploumanac'h, château de Costaérès (Coz Seheres, la vieille sécherie) fermant l'horizon parmi les énormes masses rocheuses et les pins sont un condensé de la Côte de Granite rose.

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De part et d'autre de la plage, mais surtout dans sa partie occidentale, les blocs de granite rose à gros grain, porphyroïde, identique à celui de l'Île Renote, sont parcourus de traînées sombres tout à fait singulières.

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Ces rubans de minéraux colorés ferromagnésiens, principalement de la biotite, accessoirement de l'amphibole, dessinent dans le granite des figures variées en fonction de la géométrie des blocs. Souvent arquées, elles sont des faisceaux courbes, des spirales, des ellipses.
Ces formes s'emboîtent telles des pelures d'oignon ou se recoupent les unes les autres.

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Elles sont interprétées comme témoignant de mouvements internes à la chambre magmatique, de déformations visqueuses au sein du magma granitique, juste avant sa prise en masse.
Ces ségrégations minérales peuvent correspondre à des structures d'écoulement, à des volutes, des tourbillons, des tuyaux de matière.
Ces rubanements, assez fréquents dans les granites porphyroïdes, ont été généralement regroupés sous le nom de schlieren par M. Barrière, même si ce terme ne semble pas tout à fait approprié à ce type de structure


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Fig.6 - Localisation des schlieren dans les granites à gros grain (d'après Barrière, 1976)


À l'échelle du massif de Ploumanac'h, ces rubanements, ainsi que d'autres variétés d'amas de minéraux ferro-magnésiens, sont uniquement présents dans les granites externes à gros grain et sont concentrés dans une zone annulaire de quelques centaines de mètres de large, distants de 500 à 1500 mètres de la limite externe du massif (fig. 6) comme on avait pu le voir dans la région du Dé et sur la plage de Ker ar Vir (sites 4 & 5).
Toujours à Tourony, des venues aplitiques ou aplito-pegmatitiques (grain fin et grain grossier), surtout évidentes dans les roches de l'est de l'anse, accompagnent ces structures rubanées. Elles sont issues du granite intermédiaire et se sont mises en place dans le granite à gros grain à la faveur des zones de décollement que constituaient les "schlieren".
Ces beaux rubanements s'observent également au delà de la pointe rocheuse qui ferme à l'ouest la plage de Tourony en allant vers la baie de Sainte-Anne.

* Après le pont qui enjambe une vallée "peuplée" de blocs (arrêt possible), prendre à droite la route de Randreuz en direction du site de la Vallée des Traouiéro (Lec'hienn Traouiero) (fléchage).
Dépasser Randreuz et après une petite route qui part à gauche vers La Clarté, stationner sur la gauche avant le Roc'h Ledan.

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Un peu plus loin, un panneau explicatif signale le départ du chemin qui descend dans la Vallée du Grand Traouiéro*

* Traouiéro est un mot breton au pluriel signifiant "vallées" avec une notion de profondeur.

La Vallée des Traouiéro (site 17)

Les vallées des Traouiéro -le Petit Traouiéro et le Grand Traouiéro- sont deux vallées parallèles orientées nord-sud aboutissant dans le port de Ploumanac'h.
Fortement boisées, elles sont empruntées par des ruisseaux qui se sont profondément enfoncés dans le granite à gros grain type Traouiéros laissant apparaître la roche sur leurs flancs.
La Vallée du Grand Traouiéro, site naturel aménagé, s'étire sur plus de 4 kilomètres. Parcourue par des sentiers pédestres elle est localement encombrée de boules volumineuses accumulées en chaos rocheux impressionnants et spectaculaires dont les blocs adossés les uns aux autres forment parfois des grottes aux noms évocateurs comme celle des Lépreux ou encore celle des Contrebandiers.

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Son intérêt géologique et géomorphologique est de montrer comment l'installation d'un réseau hydrographique conjuguée à l'altération et l'érosion du granite peut amener à la formation de reliefs et de paysages chaotiques.
Ce site prouve que ces types de reliefs dans les massifs granitiques sont d'abord des morphologies continentales avant d'être parfois plus ou moins reprises par les eaux marines comme c'est le cas pour le massif de Ploumanac'h.
Quelques exploitations dont on trouve la trace ont fonctionné dans cette vallée avant qu'elle ne soit protégée, à Kergomar et surtout à proximité de Traouiéros qui a fourni des moellons de granite type Traouiéros que l'on retrouve aujourd'hui dans de nombreuses constructions anciennes.

* Remonter sur la lande (panorama vers le large) et revenir prendre à droite la petite route qui part vers la Clarté. Celle-ci traverse des travaux qui annoncent les carrières de granite rose de La Clarté et atteint la zone d'implantion des bureaux des sociétés granitières (rue des carrières).

* Prendre sur la droite le Chemin de Ranguillégan.

Les carrières de granite rose de La Clarté (site 18)

Même si elle n'est plus palpable sur le littoral, l'industrie extractive est encore bien présente au sein du massif de Ploumanac'h, dans l'un des plus grands bassins granitiers bretons, le plus réputé à l'étranger pour la qualité esthétique du matériau qu'il fournit.

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De part et d'autre du chemin de Ranguillégan le paysage est entaillé par d'impressionnantes carrières ouvertes dans le granite rose et dont la profondeur dépasse souvent les 50 mètres.
Le début de l'exploitation, aujourd'hui entre les mains de 5 sociétés, a commencé au début du 20ème siècle.

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Après enlèvement de quelques mètres de terre et de roche altérée, apparaissent de puissantes masses granitiques pratiquement exemptes de défauts.
Les fronts de taille y montrent des enclaves sombres et des traînées micacées (les "crapauds" des carriers) classiques dans ce type de granite.
En dehors d'un intérêt dans l'approche des techniques modernes d'extraction, les carrières de la Clarté offrent un grand intérêt géologique du fait de la beauté et de la diversité des paragenèses développées durant les stades ultimes de l'évolution du granite externe.

Dans sa masse il montre des accidents aplito-pegmatitiques qui correspondent à des poches difformes individualisées au sein de la roche en fin de cristallisation; dans celles-ci ce sont accumulés le magma et les liquides résiduels qui ont donné naissance en leur centre à des cristaux souvent pluridécimétriques de microcline rouge, de quartz hyalin, de lamelles de biotite, de baguettes noires de hornblende et de rares allanites. Ces pegmatites sont aussi réputées pour renfermer des lamelles de molybdénite.

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enrochement au port de Trébeurden

Quelques faciès particuliers y ont été observés comme des différenciations à arborescences biotiques ou bien des poches de granite orbiculaire (cf. site 23).
Ces différentes associations coïncident spatialement avec les approches externes du pluton, siège d'instabilités physico-chimiques favorables aux concentrations privilégiées des liquides résiduels.
Alors que les "déchets" sont essentiellement destinés aux enrochements, les marchés principaux pour le granite rose labellisé La Clarté sont la marbrerie funéraire, les plaques de dallage et de revêtement de façades de bâtiments, les divers aménagements et mobiliers urbains, la sculpture…


A noter que le granite intermédiaire est encore localement exploité à l'ouest de Saint-Samson ainsi qu'à Woas Wen.

* Ces carrières ne sont bien entendu pas libres d'accès sinon à l'occasion de visites guidées ou de journées portes ouvertes (renseignements auprès des structures touristiques locales).

* Une vue d'ensemble du site est possible à partir de la route qui part au sud de la Clarté vers Pleumeur-Bodou.

* Rejoindre la Chapelle N.D. de La Clarté dont la visite est conseillée et prendre à droite vers Perrros-Guirec. A l'intersection avec la D 788 (feux tricolores) tourner à gauche vers Ploumanac'h.

*Peu après, la route plonge vers le rivage offrant un superbe vue. Stationner à droite.

Le Point de vue du Sémaphore (site 19)

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Ce superbe belvédère, au pied du sémaphore, est souvent la première vision des visiteurs sur la Côte de Granit Rose. Il procure toujours un choc esthétique et permet également une lecture géologique du paysage. Au premier plan c'est l'encaissant du massif granitique de Ploumanac'h ici constitué par les formations icartiennes et cadomiennes très érodées (gneiss, granitoïdes et volcanites); au second plan ce sont les rochers de granite rose de Ploumanac'h (granite externe) qui constituent la masse chaotique dite du "Château" et tout au loin, si l'horizon est bien dégagé, le chapelets des Sept Iles (ar Jentilez) qui apparaissent comme les reliefs résiduels d'une antique chaîne de montagnes aujourd'hui entourés par les eaux de la Manche.

En portant le regard sur la droite, vers la Grève Saint-Pierre, est visible la granodiorite cadomienne de Perros-Guirec recoupée de nombreux filons doléritiques qui sont aisément observables à partir du sentier des douaniers qui part vers Beg ar Storloc'h.

* Continuer sur une centaine de mètres et prendre à droite le chemin du Squevel qui descend vers le Ranolien (camping) et rejoint la zone de stationnement.

* A pied, emprunter le sentier qui part vers le célèbre site des Rochers de Ploumanac'h.

Le contact de Pors Rolland - Le Ranolien (site 20)

Le sentier depuis le Ranolien domine les roches icartiennes, parfois recoupées de granitoïdes cadomiens, déjà entrevues depuis le belvédère du sémaphore tandis que sur la gauche, au delà du camping du Ranolien, émergent de la lande des blocs de granite annonçant les célèbres Rochers de Ploumanac'h.

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A l'approche de la petite crique de Pors Rolland le contraste de couleur apparaît particulièrement frappant entre le noir des roches qui occupent l'estran et le rose du granite qui constitue les premiers rochers atteints par le sentier puis l'imposante masse rocheuse dite du "Château".

Nous sommes ici au contact entre le pluton granitique de Ploumanac'h et son encaissant.
La différence de relief du platier rocheux entre le flanc nord de l'anse de Pors Rolland et le Ranolien, au sud, est également parlante.
Ce remarquable contact géologique, qui se révèle à chaque marée, est aisément palpable lorsque l'on descend sur l'estran: à gauche c'est le granite rose en relief chaotique et en blocs accumulés au pied du Château, à droite ce sont des roches sombres connues sous le nom de gneiss de Trébeurden.
Ces gneiss correspondent à une ancienne série volcanosédimentaire qui admet des volcanites de couleur claire (rhyolites et dacites), des volcanites sombres basiques, l'ensemble étant recoupé par des roches granitiques à granodioritiques transformées en orthogneiss. Elles possèdent une foliation métamorphique plongeant de 30 à 45° vers le nord-ouest.
Ils entourent le granite de Ploumanac'h, affleurant mal dans les terres, réapparaissant au sud de Trébeurden, à la pointe de Bihit où les orthogneiss ont fourni un âge autour de 2 milliards d'années.
Ils appartiennent clairement aux lambeaux de socle icartien disséminés dans le Trégor au sein des roches cadomiennes beaucoup plus récentes, comme ici le granite de Perros-Guirec daté à 615 millions d'années.

Des filons du granite de Ploumanac'h, aisément identifiables à leur couleur claire qui tranche sur celle des gneiss, larges de quelques décimètres, pénètrent dans ces très vieilles roches.
Ils peuvent être massifs, homogènes, ou bien renfermer des enclaves anguleuses des roches dans lesquelles ils se sont injectés.
Ceci prouve, une fois de plus, que les gneiss étaient indurés lorsque le granite s'est mis en place.

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La crique de Pors Rolland montre à la fois le granite encore frais, très fortement structuré par de nombreuses diaclases et le granite très altéré, "pourri", en voie d'arénisation.

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Les Rochers de Ploumanac'h (sites 21 et 22)

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Le sentier entre bientôt dans le célèbre site des Rochers de Ploumanac'h, heureusement aujourd'hui revégétalisé et réaménagé pour recevoir des centaines de milliers de visiteurs en quête d'émotions esthétiques sinon géologiques.
Les parcours tracés dans la lande permettent d'apprécier le travail de l'altération et de l'érosion dans le granite rose à gros grain.
Du sol émergent des rochers fracturés, creusés, affouillés, arrondis par le temps.

Ils composent un fantastique bestiaire dans lequel, depuis longtemps, on range un lapin, un requin, une tortue, la tête d'un dauphin, un caméléon, un épagneul breton, mais il n'est pas un seul visiteur qui ne fasse fonctionner son imagination et, en fonction de l'éclairage du moment, ne contribue à allonger la liste de ces étranges figures.

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À l'approche du littoral, le paysage devient plus minéral. De la pelouse rase émergent toujours des rochers " sculptés " par l'érosion. Comme sur l'Île Renote, il est fréquent d'observer sur les surfaces planes des cuvettes, des vasques dont les dimensions vont de quelques centimètres à un peu plus d'un mètre. Ces creusements de la roche sont à la fois dus à l'eau de pluie et aux embruns salés projetés lors des périodes de vents forts. L'eau et le sel qui stagnent sur le granite ont une action physique mais surtout chimique en dissociant les grains de feldspath et de mica.
Le creusement aboutit parfois au percement complet des parois ou du fond de la cuvette.
Le travail de l'eau est aussi évident dans la présence, sur de nombreux rochers, de rigoles plus ou moins profondes disposées en éventail ou en draperies au long de la ligne de plus grande pente.

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Sur plus d'un kilomètre, entre les pointes rocheuses de la Roche du Diable au magnifique tombant rocheux et celle du Squewel (ar Skevel), jusqu'à celle qui porte le phare de Pors Kamor (Men Ruz), l'estran est occupé par des chaos de blocs arrondis, polis, continuellement brossés par la mer. On devine aisément l'origine de ces chapelets de rocs énormes défiant parfois l'équilibre en observant le granite en place, comme toujours, intensément diaclasé.

Les fractures sont assez largement espacées. L'eau de pluie pénètre, circule et altère la roche qui est peu à peu dissociée, transformée en arène; le cœur des blocs reste sain après érosion et déblaiement des particules altérées par l'eau de pluie ou de mer, voire par le vent. Les blocs peuvent rester en place ou, plus souvent, s'écroulent par gravité formant ainsi les chaos.
L'anse de Pors Kamor (bateau de sauvetage) s'est formée au débouché d'une petite vallée installée sur une zone faillée matérialisée sur l'estran par de petits filons de quartz blanc orientés nord-sud.
Une visite à la maison du littoral s'impose. Lieu d'information et de sensibilisation elle présente différentes expositions, l'une d'entre elle étant naturellement consacrée à la géologie du granite et à son exploitation.

Quelques rochers remarquables :

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le lapin | la guérite | le bélier

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la tête de dauphin | la tête de mort | la bouteille

                    

Le Quaternaire de Pors Laëron (site 21)

Exposée aux vents de nord-ouest, la côte est balayée par les tempêtes qui laissent peu de chance aux sédiments meubles d'être bien conservés.
C'est ainsi que les sédiments quaternaires, par ailleurs assez abondants sur les côtes nord du Massif armoricain, sont rares sur le granite de Ploumanac'h.
Néanmoins, 250 mètres à l'est de Pors Kamor, la presqu'île de Squewel est reliée à la côte par un mince cordon de dépôts quaternaires qu'entame la crique de Pors Laëron (le port aux voleurs).

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La petite falaise qui ferme la crique montre, sur quelques mètres d'épaisseur, des sédiments jaunâtres relativement meubles.
Ce sont à la fois des particules sableuses issues de l'altération du granite et du loess, fines poussières argilo-carbonatées arrachées aux calcaires mésozoïques, alors que la Manche était à sec, et apportées jusqu'à la Bretagne par le vent lors de la dernière période glaciaire entre 100000 et 18000 ans.
Matériau fragile, le loess est très sensible à l'érosion, à l'action mécanique des vagues mais surtout au ruissellement des eaux de pluie.
Le mince pédoncule de Pors Laëron est relativement bien protégé de la mer mais jusqu'à quand résistera-t-il ?
D'autres formations quaternaires, plus discrètes, sont reconnues au long du sentier. Ce sont surtout des galets en haut de rivage.

* Revenir à la zone de stationnement puis remonter vers la D. 788.
* Prendre à droite et après environ 500 mètres, aux feux tricolores, aller à droite vers Ploumanac'h.
Le parc de loisirs et de détente Christian Gad se trouve peu après sur la droite.

Les sculptures du parc Christian Gad (site 23)
En 1998, un Symposium de sculptures monumentales sur granites s'est tenu à Ploumanac'h, à la suite de ce qui avait été fait quelques années auparavant à Lanhélin (Ille-et-Vilaine).
Une grande partie des œuvres, résultat du travail de quelques artistes, sont aujourd'hui implantées dans le parc Christian Gad.
À côté d'œuvres réalisées en granites provenant d'autres régions de Bretagne, on peut voirr une spectaculaire " roue " en granite rose de la Clarté ("Vie au soleil" de Hervé Quéré). Jusqu'à une date récente, il était également possible d'admirer une autre sculpture, judicieusement appelée " urbi et orbi " (Bruno Panas) a été confectionnée dans ce même granite rose mais aussi dans un faciès rare et particulier.
Il s'agit d'un faciès orbiculaire découvert en 1989 lors de l'agrandissement d'une carrière dans le granite de la Clarté.

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Ce granite n'est plus directement visible sur le terrain ; il est néanmoins accessible au visiteur dans la Maison du Littoral (près du phare), où une superbe plaque polie est apposée sur un des murs de la salle d'exposition sur le "granit".

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Les orbicules sont des structures ovoïdes à subsphériques, de diamètre dépassant souvent 10cm, disséminées dans le granite type la Clarté.
Leur cœur peut être constitué d'amas biotiques, d'un granite à grain fin, d'une association grenue biotite-plagioclase-quartz, d'un granite à gros grain, ou, très souvent, d'un mégacristal de microcline rouge. L'enveloppe, ou cortex, offre une texture grossièrement radiée, en éventail ; elle est constituée de feldspath microcline, de biotite, de rare plagioclase.
L'origine de ces structures n'est pas clairement expliquée.

Quelques centaines de mètre-cubes de ce superbe matériau ornemental ont été extraits. Les tranches polies ont été utilisées pour l'obtention de revêtements muraux de grande dimension, de tables ovales, de divers mobiliers intérieurs.

Les granites orbiculaires sont très rares dans le Massif armoricain et, en dehors de ce faciès exceptionnel du massif de Ploumanac'h, seul le granite de l'Aber-Ildut dans l'ouest finistérien, offre un faciès orbiculaire qui affleure sur l'estran de la commune de Porspoder.
En guise de conclusion: architecture et genèse du complexe
(d'après les travaux de Michel Barrière)
Le complexe de Ploumanac'h se met en place à la fin de l'ère primaire autour de 300 millions d'années c'est-à-dire en fin d'édification de la chaîne hercynienne.
Comme le montrent les divers sites proposés à la visite, il est composé d'une grande variété de roches plutoniques parmi lesquelles dominent des granites alcalins à caractère anorogénique qui se mettent en place successivement et de façon très rapprochée en trois unités dans un contexte géodynamique encore mal connu:

1- magma des granites roses à gros grain, parfois très porphyriques, de la Clarté-Traouiéros et magmas basiques avec lesquels ils se mélangent imparfaitement.

2- magma des granites à grain fin, parfois légèrement porphyriques, de type Canton et granites internes de l'Ile-Grande. Ce second épisode s'achève par l'intrusion des granites à grain fin de type Woas Wen et de quelques filons de microgranodiorites.

3- magma du leucogranite externe de l'Ile-Grande qui vient former une lame entre les granites internes de l'Ile-Grande et ceux de Canton d'où partent des filons.
L'architecture du massif

Le massif de Ploumanac'h présente une anatomie complexe (Fig. 7) résultant de l'emboîtement de trois dispositifs mis en place successivement et dans des contextes différents.

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Fig.7 - Esquisse interprétative synthétique de l'architecture du complexe de Ploumanac'h (d'après Barrière, 1976)


Sa structure générale est celle d'un tronc de cône, entonnoir profond à section elliptique occupé par:

- les granites à gros grain (granites de la Clarté et des Traouiéros) et les roches basiques injectées simultanément, ces dernières formant au nord du massif une masse importante située en profondeur.

- des dykes verticaux, de larges feuillets horizontaux et des filons à pendage externe constitués de granites divers à grain fin (Canton, Woas Wen,…) qui occupent une large fraction centrale de l'aire elliptique.

- une cloche asymétrique de granites à grain moyen (granites de l'Ile Grande) au centre de l'unité précédente.
Les différentes étapes de mise en place

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Fig.8 - Interprétation des intrusions des granites à grain fin au centre du complexe (d'après Barrière, 1976)

1ère Etape

Fracturation conique annulaire du socle avec individualisation d'un panneau qui, soit par effondrement dans le réservoir magmatique, soit par refoulement vers le haut à la manière d'un piston, permet l'intrusion des granites roses à gros grain types la Clarté et Traouiéros accompagnés de roches basiques (gabbros au sens large).

Cette première venue magmatique s'accompagne d'abord de fractures concentriques et de fractures radiales qui sont nourries de granite à gros grain, de granite à grain moyen, de granite aplitique et d'aplitopegmatites qui recoupent le premier corps magmatique et le socle.

Des fractures radiales, inclinées à subhorizontales, remplies d'aplitopegmatites sont légèrement postérieures aux précédentes.

2ème Etape

Fracturation de la première unité dans ses parties centrale et méridionale permettant l'intrusion des granites du groupe intermédiaire (Canton, Woas Wen) qui se disposent selon les fractures en puissants feuillets horizontaux ou obliques, en dykes verticaux.
Ainsi se trouve réalisée une mégabrèche avec d'immenses blocs de granite rose cimentés par les granites intermédiaires.

3ème Etape

Mise en place des granites gris de l'Ile-Grande à la faveur d'une nouvelle fracturation, selon une structure filonienne circulaire ("ring dykes") qui recoupe les granites intermédiaires (Fig.8).

Genèse du complexe

Les mécanismes de genèse des magmas à l'origine de la formation du complexe granitique de Ploumanac'h ne sont pas encore connus avec précision et font encore l'objet de discussions entre pétrologues et magmatologues.

Le schéma global suivant peut néanmoins être proposé:

1- Remontée dans la croûte d'une intrusion diapirique de matériel basique.
Celui-ci va se différencier en donnant des liquides de plus en plus acides qui, en se mélangeant avec la croûte environnante (hybridation), vont aboutir à la formation des granites externes rouges puis à celle des granites intermédiaires.

2- la très forte température du magma basique est suffisante pour induire la fusion partielle de la croûte dans laquelle il se met en place. Ainsi se trouve expliquée la naissance des granites hyperalumineux de l'Ile-Grande qui occupent la partie centrale de l'édifice.

Le complexe de Ploumanac'h correspond à un mélange dans des proportions différentes d'un composant purement issu du manteau (les roches basiques) et d'un composant purement issu de la croûte (les granites à muscovite et cordiérite).

Au fur et à mesure de la formation du complexe, les intrusions successives montrent une prépondérance du terme crustal sur le terme mantellique.

Quel est le contexte géodynamique qui a permis cette remontée du magma basique ?
Deux hypothèse peuvent être évoquées:

a- apparition d'une série de points chauds au sein de l'édifice hercynien.

b- formation d'un grand accident tectonique affectant la croûte et une parte du manteau sur 100 à 150 kilomètres de profondeur, induisant la fusion partielle du manteau péridotitique.

Texte et clichés Jean Plaine, Mai 2004

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Liens utiles
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http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/svt/applic/ploum/ploum.htm

http://www.ens-lyon.fr/DSVT/AGREG_SVT/Ressources/Stages/Geol/geolstage.html

http://www.perros-guirec.com

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