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Saint-Malo-de-Phily (35)

Un exemple de valorisation du patrimoine bâti et géologique :

Le circuit de découverte de Saint-Malo-de-Phily (Ille-et-Vilaine)

 

  Sur sa butte au-dessus de la Vilaine, Saint-Malo-de-Phily vaut pour son église, son panorama vers le sud, son patrimoine naturel et bâti. À l’initiative de la Mairie, un circuit d’interprétation a été conçu par la Maison du Tourisme du pays de Redon à partir d’informations données par la Sgmb pour valoriser cet ensemble. Deux panneaux et cinq pupitres mis en place en 2013 jalonnent le parcours.

Compte-tenu de sa position géographique à la bordure sud des synclinaux paléozoïques du Sud de Rennes (Synclinorium de Martigné-Ferchaud, unité de Guichen), une part belle est faite à la géologie.

La commune s’inscrit en effet dans sa partie méridionale sur les formations les plus anciennes de Bretagne centrale, d’âge Protérozoïque (540 Ma), connues régionalement sous le nom de Briovérien. Elles montrent des siltites (schistes), des arénites (grès) et des lentilles conglomératiques connues sous le nom de Poudingue de Gourin.

Au-dessus, la première formation réellement rapportée au Paléozoïque est la Formation du Grès armoricain, d’âge ordovicien (Floien-Dapingien - 470 Ma) à laquelle succède la Formation de Traveusot essentiellement silteuse, également d’âge ordovicien (Darriwilien - 460 Ma).

Sédiments briovériens et sédiments paléozoïques ont été déformés, schistosés à la fin du Paléozoïque vers 300 millions d’années dans la chaîne varisque.

Des « sables rouges » pliocènes dans lesquels a été recueillie de l’industrie lithique correspondant à une première présence (vers 500 000 ans) de l’homme en Bretagne et des alluvions de la Vilaine recouvrent localement ces formations.

Le circuit est tracé sur l’ensemble de ces unités géologiques passant une revue partielle de plus de 500 millions d’années de l’histoire du Massif armoricain.

Documents utiles

- Feuilles topographiques Ign à 1/25 000ème : 1219 Ouest Bruz et 1220 Ouest Bain-de-Bretagne.

- Feuilles géologiques Brgm à 1/50 000ème : Janzé (353) et Bain-de-Bretagne (388).

Longueur : 3km - Durée : 2h30-3 h.

Balisage par traits jaunes et, pour partie, par les marques du GR 39.

Descriptif du parcours (fig.1)

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 Fig.1 - Le parcours avec les différents arrêts.

Le point de départ se situe en bordure de Vilaine à peu de distance du pont qui enjambe le fleuve. Le site est équipé d’un panneau descriptif du circuit dans sa globalité.

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Partir à l’ouest par le chemin balisé (GR 39) qui permet de rejoindre le bourg de Saint-Malo-de-Phily. À quelques centaines de mètres, on trouve sur la gauche un puits.

Arrêt n°1- Puits.

Ce puits caractéristique de la région, bâti en blocs de pierres du cru d’origine proche, essentiellement des grès-quartzites (Briovérien sans doute), est surtout remarquable par sa dalle de couverture ici constituée d’un bloc monolithique de roche schistosée.

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Monter jusqu’à la Bruère, hameau à l’architecture classique du pays.

Les murs des constructions, parfois rénovées, y présentent un fort polylithisme. On y reconnaît un assemblage plus ou moins élaboré de moellons de grès armoricains, de schistes et de conglomérats briovériens.

Dans le hameau, tourner à droite en suivant le GR qui monte dans la pente.

Rapidement, on trouve sur la droite des excavations dont on tirait sans doute du sable rouge pliocène.

Arrêt n°2 - Panorama sur sables rouges.

Sur la gauche, quelques trouées dans la végétation au-dessus de l’ancienne carrière de la Bruère permettent de voir le panorama vers le sud et surtout de remarquer les fronts de taille des anciennes carrières de « sables rouges » pliocènes qui ont fourni un matériau de qualité pendant de nombreuses années.

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Poursuivre en remarquant dans le chemin quelques gros blocs de conglomérat briovérien qui n’est sans doute pas en place. En bordure, un muret est lui aussi en poudingue de Gourin de même nature.

Juste avant les premières maisons de Saint-Malo-de-Phily, se présente un beau point de vue sur la gauche.

Un peu plus loin, dans le chemin de la Vigne et sur la droite, affleurent des schistes qui appartiennent au Briovérien du bassin de Pipriac.

Le Chemin de la Vigne débouche sur la rue d’Aleth qui descend du centre-bourg et qui offre, sur la droite, une belle vue sur l’église.

Arrêt n°3 - Muret de pierres sèches.

Face au chemin de la Vigne est visible en bordure de la rue d’Aleth un superbe muret de soutènement réalisé en roches variées parmi lesquelles on reconnaît des blocs de grès armoricain, des dalles schisteuses et des blocs mal équarris de poudingue de Gourin.

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Descendre sur la gauche la rue d’Aleth pour rejoindre la Route de la Vallée que l’on prend sur la droite pour remonter vers Saint-Malo-de-Phily par la rue Emile Bernard (panneau indicateur de la Chapelle de Montserrat).

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Arrêt n°4 - Schistes et grès briovériens.

Sous le n°16 de la rue Emile Bernard et dans le jardin proche sont visibles des schistes et des grès à couleur dominante verdâtre, fortement redressés, qui appartiennent aux formations briovériennes de Bretagne centrale (bassin de Pipriac). Ce sont des sédiments marins dont les éléments proviennent de l’érosion de la Chaîne cadomienne développée au Protérozoïque supérieur en Bretagne septentrionale.

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Peu après, aller à gauche par la rue du Rocher pour atteindre l’Espace Culturel.

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Ça et là, émergeant du bitume et sous les bâtiments, malgré les aménagements récents, sont encore visibles quelques affleurements de Poudingue de Gourin.

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Arrêt n°5 - Poudingue de Gourin de l’Espace Culturel : « La vierge aux dragées de quartz ».

Le bâtiment de l’Espace Culturel de Saint-Malo-de-Phily (ancienne mairie) et la statue de Vierge sont installés sur des rochers « à gros grain » que les géologues nomment conglomérat et comme les éléments sont arrondis sous forme de galets il s’agit plus précisément d’un poudingue. Les galets y sont presque exclusivement de quartz blanc laiteux accompagné de rares éléments de quartz noir et de quelques fragments gréseux, donnant à la roche cet aspect de dragées blanches englobées dans une matrice argileuse ou gréseuse plus ou moins abondante qui en font le critère d’identification. Un litage avec variation de granulométrie est identifiable.

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Ce type de poudingue que l’on retrouve de l’autre côté de la Vilaine au rocher d’Uzel (Pléchâtel) est connu régionalement sous le nom de Poudingue de Gourin, localité du Morbihan où il a été défini. Il s’agit d’un composant marquant du Briovérien de cette région.

Son mode de mise en place n’est pas clairement établi mais il est probable qu’il corresponde au remplissage de chenaux fluviatiles ou fluvio-deltaïque.

Il passe vers le sud à un conglomérat à éléments de plus petite taille (microconglomérat) puis insensiblement à des grès verdâtres dans lesquels sont encore dispersés quelques dragées de quartz dont le nombre va en diminuant comme on le voit sur le parking en contrebas de la rue (impasse du Rocher) ou sur le parement nord de l’affleurement qui supporte la statue mariale.

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Le poudingue et les grès sont souvent des roches extrêmement résistantes à l’érosion ce qui explique ici leur position élevée dans le relief.

>>> Ce site, qui a fait le renommée de Saint-Malo-de-Phily dans le « petit monde » de la géologie, figure dans « Géotourisme en Ille-et-Vilaine », publication de la Sgmb.

Passer derrière la Vierge pour emprunter le Chemin de l’Ecaubert en direction de l’Eglise qu’assez rapidement on aperçoit, imposante, au milieu de sa place.

Derrière le monument aux morts qui est en granite clair, est disposé un panneau explicatif du parcours, identique à celui du point de départ.

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Il est possible d’aller sur quelque distance, dans la rue Emile Bernard, pour voir sur un bâtiment deux beaux appuis de fenêtre, sans doute récents, réalisés en schiste bleu-noir massif.

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Arrêt n°6 - Place de l’église: « Les messages des pierres de l’église ».

L’église Saint-Malo actuelle remplace un édifice dont le chœur et le transept dataient de 1852. Elle date de 1900-1926.

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Composée d’une abside, de deux absidioles, d’un transept sud et d’une succession de coupoles en brique et pierre, elle est réalisée de 1900 à 1926 dans un style roman. Presque totalement construite en grès armoricain c’est sur sa façade ouest, ouverte sur le bourg, que l’on note un festival de roches, de couleurs et de textures. Le schiste bleu-noir est employé pour réaliser un bandeau horizontal (parfois dédoublé) qui court sur l’édifice à environ un mètre du sol. On retrouve ce schiste sombre mis en œuvre en alternance avec un granite clair dans les arcs au-dessus des ouvertures, du portail, et en cercle autour de la grande rosace. On retrouve le granite clair dans les trois arcs du portail, dont l’un est mouluré, au-dessus de la porte d’entrée.

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Les phénomènes d’altération et d’érosion sont très marqués sur cette façade, le lessivage du fer des schistes colorant le granite et le grès ayant tendance à s’effriter.

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L’intérieur de cette église en surprendra plus d’un par ses admirables voûtes en brique, ses mosaïques d’Odorico (le tabernacle et deux évangélistes), ses fresques (1933) d’Emile Bernard peintre breton de l’école de Pont-Aven reprenant l’histoire des reliques de Saint-Malo que l’on trouve dans l’arrière-chœur et sur un pilier.

À partir de la place de l’église, laissant à droite la mairie, prendre la rue des Renardières pour rapidement remarquer sur la gauche un bâtiment qui a un style certain.

Arrêt n°7 - Manoir des Renardières (XVIIe siècle).

Ce bâtiment, à allure de manoir, comprend un étage avec des ouvertures remaniées au XVIIIème siècle. Une lucarne conserve quelques traces de décor Renaissance avec des pilastres en applique, un appui débordant et un fronton mouluré.

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Sur la façade ouest se trouvent des ressauts et des avancées. Les trous de boulins pour pigeons sont une preuve du caractère noble de ce manoir.

Dans un des bâtiments qui entoure le manoir et dont le pignon donne sur la rue, des blocs de grès armoricain montrent des fossiles sous la forme de restes de tubes verticaux. Ce sont des terriers (les skolithes) de vers marins creusés dans les sables de plage à l’origine du grès, il y a environ 470 millions d’années.

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Poursuivre sur la rue des Renardières, dépasser l’école Notre-Dame de Montserrat, puis la Salle Renoir pour atteindre le cimetière.

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À remarquer l’architecture en pierres sèches du mur du cimetière.

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Arrêt n°8 - Cimetière : « Le nid d’aigle aux trois sapins ».

Ce pupitre annonce un édifice religieux qui sent bon l’Espagne, la Chapelle de Montserrat que l’on devine un peu plus loin parmi les « sapins » (pins maritimes). La Chapelle de Montserrat fut construite en 1879 par le vicomte du Bouëxic. Sorti indemne d’un combat naval en Espagne il avait fait le vœu de la consacrer à Notre-Dame de Montserrat.

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Poursuivre et à quelque distance obliquer à droite pour arriver à la chapelle.

Arrêt n°9 - Chapelle de Montserrat.

Cette chapelle est privée.

Erigée par l’architecte Arthur Regnault à qui l’on doit bon nombre d’édifices religieux en Bretagne, elle est constituée de grès dont on dirait qu’il est rouge. Les apparences sont trompeuses, la pierre ayant rougi en surface par endroits avec l’humidité de l’air. Le portail est réalisé en pierres calcaires, sans doute venues par voie fluviale du Val de Loire.

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Le blason de la famille du Bouëxic propriétaire de la chapelle est « à trois sapins de sinople », le sinople étant le vert dans le vocabulaire spécialisé de l’héraldique.

Retrouverez-vous ces trois sapins, en cherchant dans la chapelle ?

Revenir sur le chemin principal et partir à droite en suivant le GR 39, passer devant le terrain de sport avant d’entamer la descente (dangereuse par temps de pluie !) qui mène à la Vilaine.

Arrivé sur la route il est possible d’aller (hors circuit) à gauche pour après quelques centaines de mètres trouver des affleurements de schistes bleu-noir de la Formation de Traveusot dont on avait pressenti l’existence en descendant le GR.

Revenir vers le sud en longeant le fleuve sur quelques dizaines de mètres.

Arrêt n°10 - Bord de Vilaine.

Sur la droite, dans un léger renfoncement, apparaissent des bancs de grès fortement inclinés vers le nord qui alternent avec des lits schisteux. Ils correspondent à la zone de passage entre Formation du Grès amoricain (au Sud) et Formation de Traveusot (au Nord).

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Continuer pour, après quelques centaines de mètres, monter en suivant les traits jaunes le chemin qui mène à la zone d’observation de l’ancienne carrière du Clos-Pointu.

Arrêt n°11 - Carrière du Clos-Pointu : « Regards sur le front de taille »

Cette carrière, fermée depuis 2010, est implantée sur la formation ordovicienne du Grès armoricain dont on voit très bien la stratification, ce millefeuille des temps géologiques. On peut toujours y observer, même de loin, une structure anticlinale qui avait fait l’objet d’une des cartes postales éditées par la Sgmb en 1920 ainsi que diverses structures sédimentaires.

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Depuis la cessation de l’activité, le front de taille n’est plus accessible et elle s’est rapidement remplie d’eau dont la couleur bleu turquoise est spectaculaire. Après divers aménagements de sécurité et de mise en valeur (Juin 2012), dont un sentier piéton qui la borde, elle est aujourd’hui devenue espace naturel.

A flanc de falaise, de l’eau souterraine surgit. Elle a circulé dans un sous-sol parfois riche en fer, qu’elle a dissous au passage. Arrivant à l’air libre, le fer s’oxyde et dépose une marque rouille.

Ce pan de falaise spectaculaire s’est rapidement révélé être un site de nidification du faucon pèlerin, ce qui ajoute à sa valeur.

De l’autre côté de la Vilaine, on trouve cette même Formation du Grès armoricain dans une carrière aujourd’hui peu accessible dans laquelle on voit les couches assez fortement inclinées.

Entre cette carrière et celle du Clos Pointu existe un décalage impliquant l’existence d’une faille qui a permis au fleuve de franchir cette barre rocheuse.

Continuer le chemin balisé en jaune, passer derrière une zone de villégiature (!), rejoindre le GR 39 puis le point de départ.

Hors circuit, il est possible de faire quelques pas au sud, vers le pont, pour observer un autre « classique » de la géologie du Sud de Rennes.

Arrêt n°12 - Vue sur le Rocher d’Uzel.

Sur la rive gauche de la Vilaine, face à nous, apparaît la masse imposante du Rocher d’Uzel (commune de Pléchâtel) qui est constitué de sédiments briovériens verticaux semblables à ceux observés rue Emile Bernard et rue du Rocher, majoritairement de schistes avec quelques bancs peu épais de poudingue de Gourin.

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Jean Plaine

[circuit parcouru le 18 Avril 2016]

 

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